"Battement de cœur" d'Henri Decoin est sorti en février 1940, pendant la "drôle de guerre", avant l'Occupation et apportait un peu de gaité durant ces heures qui allaient devenir de plus en plus tragiques. Il constituait aussi un retour à la comédie tant pour Henri Decoin que pour Danielle Darrieux.


L'histoire ? Un jeune homme (Julien Carette) et une jeune femme (Danielle Darrieux) sont à la rue, sans famille ou presque, chômeur, échappée d'une maison de correction. Bref, deux jeunes pas nés sous la bonne étoile. Ils se battent cependant pour gagner leur place dans la société.
Dans un premier temps, ils se font recruter dans une école de pickpockets où ils sont, au moins, nourris et logés puis, pas très motivés, la quittent pour d'autres aventures.
Si la fatalité semble s'acharner sur ces deux jeunes gens les condamnant à tomber de Charybde en Scylla, le Destin veille pour arrêter le cercle infernal et entrevoir une lueur d'espoir.


Danielle Darrieux est absolument lumineuse et pétillante dans ce film ; Henri Decoin lui ménage quelques portraits très touchants magnifiant la douceur de son visage et de ses yeux. Le point d'orgue est atteint lorsqu'elle chante une chanson "la charade" alors qu'elle allongée sur une chaise longue en train de peigner et caresser un chien et se croit seule.
Son personnage dans cette superbe scène est un mélange de gouaille populaire, de candeur délicieuse, de beauté naturelle (ne se sachant pas observée, elle exhibe ses jambes) et aussi de dame (puisqu'elle a profité de cours de maintien). Mélange explosif dont ne se relèvera pas le Prince Charmant, diplomate vivant dans les hautes sphères de la société.


Le copain d'infortune de Danielle Darrieux, est joué par un Julien Carette, véritable titi parisien n'ayant connu que la rue et qui s'improvise majordome grâce à Danielle Darrieux qui ne l'a pas oublié. C'est d'ailleurs certainement le message subliminal de ce film. Ce n'est pas parce qu'on est à la rue qu'on est foncièrement malhonnête.


Le "directeur" de l'école de pickpockets est joué par un Saturnin Fabre truculent et franchement drôle dans ses leçons d'immoralité, ses méthodes de recrutement en laissant trainer un billet de 50 balles sur la table.


Le Prince Charmant, c'est Claude Dauphin, de port très bien élevé et déchiré entre son amour naissant pour une jeune fille qui n'est clairement pas de son monde et son appartenance à une haute société, artificielle et pas forcément plus reluisante (manigances de l'ambassadeur joué par André Luguet). C'est ici encore le deuxième message subliminal du film : dans la haute société, aussi, il y a des gens malhonnêtes prêts à tous les coups bas.


Parmi les autres seconds rôles, Jean Tissier joue le rôle d'un pique-assiette plutôt drôle.


C'est un film plein de charme qu'on regarde avec un sourire attendri. On se plait à penser que "le pire n'est jamais certain". Les acteurs de ce film dégagent une furieuse envie de vivre.
On n'est pas loin du tout de Franck Capra et de Ernest Lubitsch.

JeanG55
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le 24 juil. 2021

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