Avec sa trilogie Before, Linklater réussit l'exploit que des milliers de thuriféraires post-Nouvelle Vague ont tâché d'imiter sans en atteindre la cheville. En portraiturant une idylle sur plusieurs décennies, en basculant du romantisme pur (...Sunrise) au réalisme brut (...Midnight), Linklater rend familier deux figures, dans ce que l'art peut offrir de mieux, c'est-à-dire précisemment les "zones grises" de l'existence. Aussi aimables qu'irritables, vivants en un mot, Jesse et Céline sont à la fois un peu des acteurs qui les jouent (Ethan Hawke et Julie Delpy) et, surtout, un peu des spectateurs qui les découvrent.
Comme le disait Pasolini, un individu ne peut révéler la pleine amplitude de sa nature qu'au fil de sa vie (et non pas à un instant T, comme aimerait à le croire un certain puritanisme militant). C'est la force émotionnelle de cette amplitude qu'offre cette trilogie et que sacre ce Before Midnight, à la fois cruellement réaliste et toujours nimbé d'une pointe de romantisme immarcescible.