Note globale étrangement basse pour un film audacieux qui mêle un esthetisme visuel incontestable avec un jeu d'acteurs faible et un scénario inconsistant.
Avec la prestation passable de DMX et Nas dans les rôles principaux, on pourrait s'arrêter à l'image d'un film purement commercial mais la réalisation graphique donne un cachet particulier à ce film. La scène d'ouverture, en sons et lumières, tabasse et affiche directement les intentions et le dévouement du réalisateur pour son film.
L'enchaînement de scènes, noyées dans des teintes colorées, avec une caméra, souvent en mouvement, ou figée depuis des angles recherchés, toujours avec une utilisation ingénieuse des lumières, en font une sorte de vidéoclip d'une heure trente, alternant aussi bien des images tapageuses et contemplatives.
D'ailleurs, le réalisateur vient du monde du clip et nous donne, a posteriori, une capsule temporelle de la vibe des clips américains au croisement des décennies 1990-2000 que ce soit dans les thèmes, le langage et les intérieurs épurés d'une éclatante couleur qui viennent contraster des images plus sombres, qui scintillent parfois sous le halo de néons colorés.
Si ce film assemble l'imagerie videoclipesque du rap américain au tournant de l'an 2000, on peut penser que Spring Breakers en fait de même pour le tournant de la décennie 2010, avec des protagonistes non plus seulement noirs et non plus seulement des hommes. D'ailleurs, la présence d'une scène où DMX regarde Gummo, réalisé par Harmony Korine (Spring Breakers) fait aussi bien un lien entre les deux réalisateurs Hype Williams et Harmony Korine qu'entre deux marginalités (noirs citadins dans le monde du crime et white trash de la ruralité) qui partagent chacun une subordination sociale mais qui ne se comprennent pas (" That shit is bugged out." réagit DMX devant les rednecks vulgaires et juveniles de Gummo).
On peut regretter donc plusieurs choses qui en aurait fait un grand classique : des acteurs professionnels, un scénario plus cohérent et une fin davantage coup de poing que moralisatrice.
On peut surtour regretter qu'Hype Williams n'ait pas réalisé d'autres films.