Vu dans une copie médiocre, la seule disponible éditée dans le BR de La Boulangère de Monceau, ce 2e court-métrage signé Rohmer s'affranchit de la doxa tacite de la Nouvelle Vague (dont Charlotte et son steak, le précédent, était un parangon).
En adaptant la nouvelle d'Edgar Allan Poe, avec la traduction de Baudelaire, Rohmer s'insinue dans le film d'épouvante et, en interprétant lui-même le narrateur, affirme sa gémellité physique avec le Max Schrek de Nosferatu.
Ce qui frappe dans ce court-métrage, à la photographie sciemment obscure signée par Rivette himself, c'est la présence déjà de 2 éléments constitutifs de l'esthétique à venir du cinéaste :
1/ la contemplation des figures féminines, en l'occurrence le personnage éponyme de Bérénice, filmée comme des portraits impressionnistes et qui préfigure la mise en scène d'Amanda Langlet, Béatrice Romand et autres Marie Rivière.
2/ la suprématie du texte (et plus exactement de la parole) sur l'image, confirmant, sur ce sujet, l'impact majeur des derniers Dreyer sur le cinéma de Rohmer.