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Lang au chien
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Alors oui, on a déjà vu ça au cinéma : un homme qui sort de prison et qui retourne dans sa ville natale en décomposition, où, bien évidemment, il retrouvera ses anciens ennemis. Si l’on s’en tenait à ces lignes, Black Dog aurait pu être un énième film de rédemption, sa petite originalité résidant dans la présence attachante d’un animal comme une promesse de surplus d’émotion. Mais retenons seulement ces quelques archétypes pour comprendre qu’au fur et à mesure, Guan Hu s’amuse à saboter chacun des pistes narratives anticipées par le spectateur (la culpabilité, la vengeance, la spirale de la violence, l’amour…) par une absence de linéarité, cassant le rythme de son scénario par de petites victoires, d’échecs jamais trop graves, d’occasions saisies ou repoussées. Si la violence est en effet bien présente, elle s’échange avant tout en coup de bâton ou de poings, plus proche de l’épate virile, bête et bravache, que d’une réelle volonté de tuer. Dans le pire des cas, la vie ou la mort sera décidée par le hasard d’une flamme en haut d’un sautoir à l’élastique, car les hommes ont bel et bien peur de la donner eux-mêmes.
Le film avance donc avec cette démarche un peu gauche, lancinante de ses personnages qui ne cessent de tomber, de mordre la poussière, et de se relever. Lang, le chien, homme et animal cassés, abandonnés et délogés dans une ville en décomposition qui entre en contradiction avec l’image que souhaite montrer la Chine au monde entier au moment d’organiser ses Jeux olympiques de 2008. Mais là encore, le film s’écarte progressivement de ce réalisme social pour se muer en une sorte de fable politique à la poésie libertaire. Ancienne célébrité locale de la musique à la voix et l’âme brisés par la prison, Lang use avec une extrême parcimonie de la parole comme si elle ne servait dorénavant plus à rien dans un pays où il est devenu totalement inutile de chercher à défendre son innocence et ses droits. Contrairement aux relations qu’il entretient avec ses camarades humains, l’apprivoisement mutuel avec le lévrier noir, à la physiologie taillée pour la vitesse et l’esquive, sera honnête et choisi, sans injonction, ni soumission, ni contrepartie. Au contact du chien, Lang refusera ainsi de se plier à l’ordinaire du travail («Tu t’es coupé les ongles » dira-t-il à son ami, ancien guitariste reconverti cuisinier), de la violence, de la famille ou du mariage, pour qu’on lui foute enfin la paix et qu’il puisse conquérir sa liberté sans se trahir.
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le 25 mars 2025
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