Black Dog
7.2
Black Dog

Film de Guǎn Hǔ (2024)

Alors oui, on a déjà vu ça au cinéma : un homme qui sort de prison et qui retourne dans sa ville natale en décomposition, où, bien évidemment, il retrouvera ses anciens ennemis. Si l’on s’en tenait à ces lignes, Black Dog aurait pu être un énième film de rédemption, sa petite originalité résidant dans la présence attachante d’un animal comme une promesse de surplus d’émotion. Mais retenons seulement ces quelques archétypes pour comprendre qu’au fur et à mesure, Guan Hu s’amuse à saboter chacun des pistes narratives anticipées par le spectateur (la culpabilité, la vengeance, la spirale de la violence, l’amour…) par une absence de linéarité, cassant le rythme de son scénario par de petites victoires, d’échecs jamais trop graves, d’occasions saisies ou repoussées. Si la violence est en effet bien présente, elle s’échange avant tout en coup de bâton ou de poings, plus proche de l’épate virile, bête et bravache, que d’une réelle volonté de tuer. Dans le pire des cas, la vie ou la mort sera décidée par le hasard d’une flamme en haut d’un sautoir à l’élastique, car les hommes ont bel et bien peur de la donner eux-mêmes.

Le film avance donc avec cette démarche un peu gauche, lancinante de ses personnages qui ne cessent de tomber, de mordre la poussière, et de se relever. Lang, le chien, homme et animal cassés, abandonnés et délogés dans une ville en décomposition qui entre en contradiction avec l’image que souhaite montrer la Chine au monde entier au moment d’organiser ses Jeux olympiques de 2008. Mais là encore, le film s’écarte progressivement de ce réalisme social pour se muer en une sorte de fable politique à la poésie libertaire. Ancienne célébrité locale de la musique à la voix et l’âme brisés par la prison, Lang use avec une extrême parcimonie de la parole comme si elle ne servait dorénavant plus à rien dans un pays où il est devenu totalement inutile de chercher à défendre son innocence et ses droits. Contrairement aux relations qu’il entretient avec ses camarades humains, l’apprivoisement mutuel avec le lévrier noir, à la physiologie taillée pour la vitesse et l’esquive, sera honnête et choisi, sans injonction, ni soumission, ni contrepartie. Au contact du chien, Lang refusera ainsi de se plier à l’ordinaire du travail («Tu t’es coupé les ongles » dira-t-il à son ami, ancien guitariste reconverti cuisinier), de la violence, de la famille ou du mariage, pour qu’on lui foute enfin la paix et qu’il puisse conquérir sa liberté sans se trahir.

cortoulysse
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Cinéma 2025 et Top Cinéma 2025

Créée

le 25 mars 2025

Critique lue 11 fois

corto_ulysse

Écrit par

Critique lue 11 fois

1

D'autres avis sur Black Dog

Black Dog

Black Dog

8

D-Styx

297 critiques

Lang au chien

Black Dog offre une magnifique scène d’ouverture qui m’a captivé dès les premières secondes. Un long travelling sur un désert écrasant parcouru par une route, une piste devrions-nous dire. Soudain,...

le 26 mars 2025

Black Dog

Black Dog

7

Yoshii

252 critiques

S'il vous plait, dessine-toi un sourire

En marge de l’engouement pour le cinéma populaire, sur le point de devenir le cinéma générant les revenus les plus important au niveau mondial, le circuit indépendant chinois développe depuis...

le 4 mars 2025

Black Dog

Black Dog

7

Plume231

2403 critiques

Le Chien et le Prisonnier !

J'avoue que j'avais peur de visionner un long-métrage rugueux, froid, cru, cruel et implacable. Alors, je n'ai absolument rien contre ce type de cinéma. Loin de là, car il y a même quelques grandes...

le 11 mars 2025

Du même critique

Vingt Dieux

Vingt Dieux

7

cortoulysse

32 critiques

Vous reprendrez bien un peu de comté ?

Ça fait plaisir de voir un film qui prend la campagne simplement pour ce qu'elle est, qui n'essaye pas de lui donner une portée symbolique face à la ville, ni de lui faire endosser un quelconque...

le 31 déc. 2024

Les Derniers Jours du parti socialiste

Les Derniers Jours du parti socialiste

4

cortoulysse

32 critiques

Décevant comme Hollande

Je reconnais deux qualités à Aurélien Bellanger : d’une part, son style évident, reconnaissable entre tous et que l’on lit toujours le sourire en coin ; et d’autre part, son formidable talent de...

le 12 nov. 2024

The Chef : La série

The Chef : La série

3

cortoulysse

32 critiques

Trop de bruit dans la cuisine

Dans le feu de l'action, le film avait eu au moins le mérite de nous immerger dans l’énergie d’une salle et d’une cuisine tout laissant judicieusement dans l'ombre l'envers des fourneaux. Mais...

le 27 nov. 2024