Au milieu des années 1970, alors que la blaxploitation connaît son apogée, Black Eye emprunte une voie légèrement différente de celle des productions les plus emblématiques du genre. Certes, la présence de Fred Williamson suffit à rattacher le film à ce courant dont il est l'une des figures majeures. Mais ici, le réalisateur délaisse en grande partie les récits de vengeance urbaine ou les affrontements contre des organisations criminelles pour s'orienter vers une structure héritée du film noir. Williamson y incarne un détective privé, personnage typique du cinéma américain des années 1940 et 1950, plongé dans une affaire où les faux-semblants semblent devoir se multiplier.
Sur le papier, l'idée est séduisante. Le mélange entre les codes de la blaxploitation et ceux du polar noir pouvait donner naissance à une œuvre originale. Pourtant, le scénario ne parvient jamais à exploiter pleinement cette promesse. Une intrigue de détective n'a pas nécessairement besoin d'être limpide ; elle peut même entretenir une certaine confusion à condition que celle-ci participe à la découverte progressive d'un réseau complexe de personnages, de mensonges et d'intérêts contradictoires. C'est précisément ce qui manque à Black Eye. L'enquête paraît moins mystérieuse que simplement sous-écrite. Les pistes s'enchaînent sans véritable progression dramatique, les personnages secondaires restent esquissés et le récit ne donne jamais l'impression de révéler un ensemble cohérent dissimulé derrière les apparences.
Cette faiblesse éclate dans un dénouement qui dévoile une vérité surgissant presque artificiellement. Au lieu de procurer la satisfaction de voir toutes les pièces du puzzle s'assembler, la conclusion laisse plutôt l'impression que la solution a été plaquée pour refermer le récit. Le film souffre ainsi d'une certaine paresse d'écriture qui l'empêche d'atteindre la richesse narrative des meilleurs films de détective privé. Heureusement, Black Eye conserve un atout de taille : Fred Williamson. Fidèle à lui-même, l'acteur impose une présence charismatique, faite de décontraction et d'assurance, qui rend son personnage immédiatement sympathique. Sans chercher à en faire des tonnes, il traverse le film avec une aisance naturelle qui compense en partie les faiblesses du scénario. Son sens de la répartie, sa prestance et son efficacité lors des scènes d'action suffisent souvent à maintenir l'intérêt.
5,5