Le film de Monteiro qui a fait scandale au Portugal, et malheureusement pas pour des raisons artistiques, mais parce que, alors que le film était en partie financé par des fonds publics, il a décidé juste avant le tournage, de poser sa veste sur l'objectif de la caméra, comme il aimait à dire, pour n'enregistrer que les voix des acteurs et proposer un film à l'écran entièrement noir. On écoute le texte, et on peut regretter de ne pas parler portugais, car lire les sous-titres empêche de se plonger littéralement dans l'expérience (en fermant les yeux par exemple). Derek Jarman ou même Guy Debord avaient déjà tenté cette expérience du film à l'écran sans images, et Monteiro parvient ici à créer une poétique qui doit beaucoup à la beauté de la langue portugaise et au conte choisi. D'ailleurs cette langue est tellement belle qu'il m'arrive parfois de n'en écouter plus que la musicalité et de ne plus prêter attention au sens. Une précision toutefois, le film n'est pas complètement noir. Il est entrecoupé de très courts et réguliers plans de ciels bleus, on voit parfois y passer une hirondelle, accompagnée d'une musique moderne sur piano préparé, ainsi qu'un plan final de Monteiro lui-même dans le jardin botanique de Lisbonne. C'est un plan sans son, muet donc, où l'on voit les lèvres du cinéaste brièvement bouger. La seule parole prononcée sera donc impossible à entendre. Et lorsqu'on demanda à Monteiro d'expliquer ce qu'il disait à la fin du film, il avoua avoir prononcer "Non". Car, Blanche Neige, elle, n'avait pas d'autre choix que de dire "Oui".