Un film rap
A son époque, Boris Vian, que les fins connaisseurs admettrons sans aucun doute qu'on parle là d'un précurseur du rap, s'était fourvoyé avec son pote Henri " Cording " Salvador dans un calamiteux Rock & Roll' mops, tentant vainement de snober, tout amateur de Jazz qu'il était, la mouvance rock n' roll qui émergeait chez les petits blancs.
Il suffit de faire un petit flash back dans les sixties à plus ou moins 10% pour se rendre compte que si cette musique à énormément pillé la culture noire américaine au point d'être devenue une musique de wasp, elle a autant rendu à toute cette communauté en sortant non seulement nombre de talents de l'ombre communautaire (charts R&B) mais surtout en exposant son talent à la lumière internationale, voire plus si on compte les extraits enregistrés dans la sonde "Voyager", embarquant avec elle tous les courants musicaux qui n'ont pas eu la chance de faire le même parcours que le jazz soit, le blues, r&b, soul puis ceux qui en découleront comme le funk et le rap.
Depuis cette époque, on ne compte plus les films dit Rock n' Roll aspirant tous à la liberté dans toutes ses formes, qu'elles soient de se déplacer en moto, de devenir célèbre, de décrocher de la drogue, de sortir des carcans familiaux ou sociaux et même pour le plus ambitieux de se libérer de son autisme en jouant au flipper. La seule musique à laquelle on peut attribuer un genre de film depuis, sera le rap, avec pour leitmotiv récurrent le pouvoir de survivre à son ghetto et à toutes les mauvaises vibrations agissant sur le protagoniste.
Save your hood, kill a nigger
Save your hood, kill a hipster
Un mec "issu de la minorité" tué par la police, un flingue qui entre en jeu au début du film, des potes qui débattent quant à son utilisation, faut bien ne jamais avoir vu La haine pour ne pas penser à ce film. Toute la différence qui se joue dans Blindspotting, concerne le décor situé à Oakland, une ville portuaire et industrielle en banlieue de San Francisco, longtemps en proie à la délinquance et subissant dernièrement une vague de gentrification intense. Le ghetto s'éloignant de lui même, le raisonnement à propos du déterminisme social de rigueur dans ce genre de film est chamboulé.
C'est alors un nouveau questionnement qui se pose. Déjà qu'il fallait s'intégrer dans un environnement particulier et aujourd'hui, un nouveau cadre s'impose , une nouvelle faune qui va tenter de récupérer les codes autochtones pour prendre racine dans la place.
Free your mind and your ass will follow
Nous suivons donc deux copains depuis l'enfance, qui maintenant travaillent ensemble. La dualité de leurs personnalités va véhiculer toutes les idées utiles pour débattre sur le sujet. Colin, un noir, lui même témoin du meurtre d'un autre noir par un policier blanc, qui finit sa période de probation. En même temps il aspire a une vie meilleure à l'image de son béguin pour Val ou de sa mère qui aimerait profiter de la flambée des prix de l'immobilier. Autre particularité, il excelle dans le flow, improvisant en permanence un rap a cappella qui rythmera le film jusqu'au bout. Miles, s'il est blanc, se voit comme un noir du quartier, il supporte très mal la gentrification qu'il imagine comme un processus qui le ramènerait à sa vraie couleur. Comme un bon américain, c'est lui qui achète une arme au début du film pour protéger sa famille. Sa femme noire, qui incarnera le modèle courant de mère avec une aspiration du meilleur pour leur enfant, et ce dernier représentant d'une certaine manière, le passé et le futur de la ville en maniant une attitude de voyou dans ses jeux tout en apprenant dans une bonne école.
Tout ce que je peux dire pour raconter la suite, c'est que le flingue va se balader de mains en mains, que les munitions du révolver vont s'opposer aux munitions verbales dans une joute dangereuse qui aboutira à la conclusion du film.
In the mood
A tous ceux qui me prennent pour un taré en citant Vian comme précurseur du rap, il faut savoir que c'est un des premiers pourvoyeurs du Jazz en France, un des premiers puristes de cette musique, tout en en jouant très bien lui même et, bien sûr, en maniant les mots à sa manière. Son purisme était tout à son honneur et il a mis en avant les plus grands artistes dans la revue jazote. Le problème, c'est qu'il méprisait, et le jazz blanc, et la venue du rock. L'avenir lui donnera tort de belle manière.
Comme quoi, adorer une culture est une richesse jamais dépréciable, ce qui n'empêche qu'elle doit toujours accepter la nouveauté pour se renouveler. Bon je dis ça mais j'ai envoyé des boulets rouges sur le dernier PNL juste pour avoir été confronté plusieurs fois à son clip.