Vous vous rappelez sans doute la cuisante humiliation que vous infligeait votre aîné quand, en l’échange d’une commission que vous accomplissiez laborieusement, il vous promettait cadeaux, richesses, monts et merveilles ? Quelle honte alors quand il vous révélait, en prestidigitateur du mal, que la récompense ne viendrait JAMAIS et que vous vous étiez fait leurrer — pour la cinquième fois, certes, mais l’amertume chez vous avait courte mémoire. Moi, je ne m’en souviens pas, car j’étais ce bourreau, mais pour la première fois, un film m’a réduite à cette honte séculaire.
Blow up est une fausse promesse : on me l’avait recommandé (avec hystérie) comme un polar, au synopsis intrigant et efficace. Dommage que le thriller soit en réalité un film d’essai sur l’incommunicabilité, le regard pervers et toujours tiers du photographe, ou pour le dire autrement, un film qui a besoin d’être justifié pour ne pas être considéré comme ennuyeux. Certains plans étaient très beaux, tres géométriques ; mais bien vite rattrapés par des dialogues fuyants qui en gâchaient le plaisir. La scène de décadence avec les deux jeunes filles m’a paru inutile, finalement assez peu originale, outre qu’elle rend le personnage principal encore moins sympathique qu’il ne l’était déjà. La partie de tennis qui conclut le film avec étrangeté et sérénité à la fois, dans le silence, m’a en revanche beaucoup plu. En fin de compte, Fenêtre sur cour me semble explorer avec plus de finesse et de sobriété le personnage du voyeur, ce qu’il voit ou croit voir chez les autres, et la façon dont il le raconte.