7
514 critiques
Blue Spring
Blue Spring est une œuvre qui fait parler les ombres où l’existence adolescente semble vouée à une autodestruction qui ne tient qu’à un cheveu. Blue Spring est la chronique d’une bonne de paumés...
le 6 mai 2014
Le film s'ouvre sur l'une de ces séquences familières que l’imagerie japonaise nous a tant de fois offertes : un portail de lycée, grand ouvert sous un ciel dégagé, les pétales de cerisier dérivent lentement au grès du vent… Mais déjà, quelque chose cloche. Le cliché ne colle pas. Les couleurs sont ternes, la lumière peine à embraser la scène, et les cerisiers, relégués sur les côtés, semblent trop discrets pour insuffler leur enchantement habituel. L’ambiance est posée. Ce n’est pas l’éveil insouciant de l’adolescence que l’on s’apprête à suivre, mais bien son crépuscule forcé. Même au printemps, certaines fleurs commencent à faner.
Blue Spring n'est pas qu'un film mélancolique sur l'incertitude de l'avenir. C'est aussi un film rock, nerveux, bouillonnant d'idées. La fougue de l'adolescence éclate à travers une mise en scène foisonnante, mélangeant les effets de « style » les plus divers : entre des élèves filmés au ralenti sur une musique rock, des combats à la caméra épaule, un accéléré vertigineux, des travellings léchés, des raccords dans l’axe, des zooms brutaux, des fondus au noir... Autant d’expérimentations visuelles qui font à la fois sa force et sa faiblesse, tant le film semble parfois hésiter sur sa direction. Comme un adolescent en quête d’identité…
Dans ce lycée où la loi du plus fort règne en maître, c’est un véritable no man’s land qui s’offre à nous, où les murs se couvrent de tags tracés à la peinture noire, de taches de sang écarlate et de morve translucide à la suite d’un nasal twist violent. Les frontières sont également poreuses. Les élèves, comme Kujo, pénètrent et quittent la classe, avec la remarque légère mais inconséquente du professeur, bien impuissant à faire respecter son autorité. Les grillages n'entourent le lycée qu’en apparence. Le portail d'entrée n'est une barrière que pour la jeune fille sage et réservée. Même la porte des toilettes en carton pate est facilement transpercée par un couteau. La perte de repère de ces élèves se retrouvent donc dans leur environnement, un lycée quelconque sans cadre strict, un terrain laissé à l'abandon sans marquage au sol.
Notons que le film est très court. A peine 1h20 au compteur, et pourtant, il donne l’impression de s’étirer bien au-delà. Cela tient probablement au fait que ses personnages nous échappent, que leur logique vacille et que le lien entre leurs pensées et leurs actes semble complètement dysfonctionnel. En témoigne Yukio, le cancre à lunettes à la coupe hirsute, qui prétend propager la paix en tuant froidement son ami à coup de couteau… Leur absence de psychologisation contribue aussi à les décoller de la réalité. C’est précisément cette opacité qui les rend si fascinants.
Malgré cette cruauté omniprésente et ces jeux de pouvoir qui semblent vains, où l’ami d’hier devient l’ennemi juré d’aujourd’hui, une forme d’attachement se dégage de chacun d’entre eux. Chaque personnage porte en lui une violence mais prouve qu’il peut la transformer en quelque chose de beau : une équipe de baseball, quelques accords de guitare, des tirs mal cadrés mais pleins d’ardeur au football… Le film joue en permanence de ce sentiment doux-amer, comme ce joueur de baseball qui court seul, entonnant des hymnes d’entrainement ou bien cet élève qui, après avoir provoqué la cécité de son ami, l’aide à marcher. Ça en devient parfois comique, comme le moment où le larbin du groupe se transforme en caïd de pacotille. La dernière partie du film change même de registre, devenant encore plus théâtrale et surréaliste. C’est un peu forcé, parfois grotesque, mais malgré tout, on se laisse emporté.
L'énergie adolescente n'a jamais été aussi bien captée que lorsqu'elle est sur le point de disparaître. Plutôt devrais-je dire. Que lorsqu'elle se refuse à disparaître.
C'est pourquoi le film n'emprunte pas la voie du happy end. Difficile, en effet, d’imaginer un avenir pour ces personnages. Leur regard, perdu à l’horizon, ne semble trouver pour seule ligne d’arrivée que le portail du lycée. Quant au soleil couchant qui les éclaire, il restera hors-champ. Seules les ombres inquiétantes s’étirent sur le toit.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleures pépites méconnues du cinéma
Créée
le 3 avr. 2025
Critique lue 23 fois
7
514 critiques
Blue Spring est une œuvre qui fait parler les ombres où l’existence adolescente semble vouée à une autodestruction qui ne tient qu’à un cheveu. Blue Spring est la chronique d’une bonne de paumés...
le 6 mai 2014
9
896 critiques
Blue Spring est un souvenir particulier pour moi puisque c’est avec lui que j’ai découvert Toshiaki Toyoda, qui est, avec Sion Sono, le réalisateur japonais des années 2000 qui m’a le plus...
le 2 janv. 2015
5
897 critiques
Blue Spring est un film qui interpelle avec une ambiance particulière qui divisera, c’est certain. Il n’est pas toujours facile d’accrocher à la mise en scène, aux intrigues ou encore à la musique...
le 18 oct. 2012
10
28 critiques
Cette phrase, je la conçoit et je la respecte, et même, je la pense. Oui, Inazuma Eleven c'est du grand n'importe quoi: des techniques surréalistes avec tantôt du feu qui sort du pied du joueur,...
le 9 juil. 2017
8
28 critiques
"Sonic Unleashed" ou "le jeu qui n'a pas sû réhausser l'attrait des fans pour la 3D après Sonic 2006"... Remarquez qu'avec Sonic, on se réfère toujours aux fans pour savoir si un jeu est bon ou pas,...
le 21 août 2017
8
28 critiques
Spécialiste du mélange des genres, le cinéma coréen brille aujourd’hui par son réalisme frôlant l’excentricité. Auteur de trois longs métrages, Na Hong Jin a su s’imposer en peu de temps comme une...
le 9 juin 2021
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème