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La marque écarlate
"Andrew McCarthy" n'est sûrement pas le premier nom venant à l'esprit lorsque l'on évoque le "Brat Pack", cet ensemble de jeunes acteurs intégrant le paysage hollywoodien à partir des années...
le 17 mars 2026
"Andrew McCarthy" n'est sûrement pas le premier nom venant à l'esprit lorsque l'on évoque le "Brat Pack", cet ensemble de jeunes acteurs intégrant le paysage hollywoodien à partir des années quatre-vingts.
Le terme trouve son origine dans un article du New York Times, écrit par le journaliste David Blum. Invité par Emilio Estevez à profiter d'une soirée en compagnie de Judd Nelson et Rob Lowe, Blum s'attache dans son article à multiplier les mesquineries contre ses hôtes. Le groupe est également épinglé pour l’utilisation de leur notoriété afin de couper la file des boîtes de nuit. Estevez est par exemple dépeint comme trop pingre pour payer six dollars sur un ticket de cinéma. Le comble pour un produit de cette même industrie. Peu de place est donnée dans l'article au travail des acteurs, le succès commercial de ces derniers étant plutôt la donnée privilégiée. David dresse le portrait d'une nouvelle génération de comédiens en jeunes cons arrivistes, tranchant avec leurs aînés par leur apparent manque d'expérience et leur arrogance.
Le ton particulièrement fielleux de l'article fit des remous. Le terme "Brat Pack" entre dans l'histoire, se répandant comme une tâche d'encre et engluant dans son sillage d'autres comédiens.
Parmi ces "dommages collatéraux" (terme utilisé dans le documentaire par David Blum lui-même), il y a donc Andrew McCarthy.
En 2021, ce dernier publie "Brat : A 80's Story", mémoires de sa carrière durant la faste décennie qui le vit travailler avec l'ensemble des acteurs cités au-dessus. Il est d'ailleurs cité dans l'article original, au décours d'une saillie dérogatoire de l'un de ses comparses. C'est dire si le terme semblait lui coller à la peau, pour choisir d'en faire le titre d'un ouvrage narrant sa vie.
Quatre ans plus tard sort le documentaire "Brats", le nom étant désormais au pluriel, McCarthy quittant l'introspection solitaire pour partir à la rencontre des comparses de son passé et recueillir leur témoignage de la période.
Le documentaire semble se présenter en premier lieu comme la tentative de McCarthy pour nettoyer le terme de "Brat Pack", syntagme s'imposant comme une douloureuse souillure. Ne sachant que faire de son passé, il exprime quarante ans après les faits son besoin de s'arrêter pour se demander : "mais quelle est cette chose qui me poursuit ?"
Nous le suivons donc à travers les États-Unis, rencontrant diverses têtes connues, partageant son vécu de la période et récoltant leurs avis. Les impressions sont à la fois différentes et similaires : Si Ally Sheedy peut témoigner de la manière dont cette étiquette l'a littéralement "traumatisée", autant Emilio Estevez semble y accorder peu d'importance, insistant sur la nécessité d'aller de l'avant, ironisant même sur la possibilité d'écrire "Brat Pack" sur sa tombe...
Dans sa première heure, le film va malheureusement tomber dans les écueils habituels du documentaire américain : échanges factices et attendus, mythification du Brat Pack où l'on répète ad nauseam le caractère générationnel et l'importance du mouvement, sans pour autant s'attarder sur ce qui pourrait le définir ou ce que ce terme vient mettre en jeu. Le documentaire ne prend pas assez le temps de faire attention aux véritables énonciations des protagonistes. Ces derniers soulignent tous sans exception le caractère intrinsèquement négatif de l'expérience, notamment la difficulté de sortir d'une étiquette que l'on n'a pas choisi. Au-delà de ça, ils illustrent le caractère singulièrement péjoratif d'être "rattaché à une époque". On ne souligne pas assez qu'une telle phrase peut potentiellement sous-entendre qu'il n'y a pas de futur pour celui qui en est l'objet.
Définir le "Brat Pack" ne semble amener qu'à l'échec : chacune des personnes interrogées peine à juger de qui en fait partie ou non, et ce à quoi le terme renvoie. Convier l'autrice d'un livre dédié au mouvement, comme Susannah Gora, n'aide pas non plus, puisqu'elle dit en somme avoir vu dans ces films un reflet de sa propre vie. Plusieurs intervenants vont cependant continuer sur cette idée, mettre en avant les films de cette époque comme des miroirs pour des personnes dans l'incertitude. Un film comme "The Breakfast Club" est déterminant car il concentre l'intégralité de son propos sur les questionnements intérieurs d'une génération. L'incertitude, la difficulté à faire des choix et à gérer l'image que l'on renvoie, sont au centre du propos. Ce sont des films qui mettent en avant la fondamentale problématique d'exister, ce que McCarthy énoncera entre deux phrases, citant son nécessaire besoin "d'être vu".
Il est alors intéressant dans ce cadre de revoir les interviews de l'époque, où les journalistes tentent de "former" les acteurs dans leurs questions, de leur attribuer une image prédéfinie. Tandis que les films mettent l'accent sur les désaccords dans la manière de voir les choses, la difficulté de se faire entendre, en somme la singularité de leurs protagonistes, voilà qu'en retour le monde médiatique les met tous dans le même panier et les traite de morveux. C'est à se demander si les journalistes ont vu les films en premier lieu.
Sous cet angle, "Brats" prend alors un autre dimension et devient une autre démonstration de la difficulté de la société américaine à tolérer ce qui ne rentre pas dans un moule prédéfini. C'est toute la violence de vouloir reléguer quelqu'un à une étiquette. C'est la définition même de l'insulte : empêcher quelqu'un de pouvoir être autre chose, en le reléguant à un mot.
McCarthy résume le thème du film par une phrase d'une grande justesse : "I've lost control of the narrative of my career". Un drame beaucoup plus sérieux qu'il n'apparaît au premier abord, puisque McCarthy passera par l'addiction à l'alcool pour se maintenir dans la vie, entrant finalement en cure de désintoxication en 1992.
Des décennies plus tard, la lutte ne semble pas terminée. Certains campent encore sur leurs positions : David Blum a bien du mal à accepter la méchanceté de son propos, justifiant son action sous l'argument que la célébrité se paie d'un prix. Il va même encore plus loin, osant demander plus de reconnaissance au titre que son article aurait apparemment aidé au succès commercial de St Elmo's Fire...
Le film prend le parti de présenter certaines séquences modernes avec un "grain" rétro, un choix curieux puisqu'aucun des acteurs interviewés n'exprime l'envie de revenir à une telle époque. Bien au contraire, chacun semble avoir fait son bout de chemin et ne veut pas regarder en arrière : Estevez explique qu'on ne choisit pas la manière dont l'histoire nous retient. Demi Moore souligne que le terme "Brat Pack" n'avait de sens que pour celui qui l'a inventé, et qu'il était une simple provocation de quelqu'un qui souhaitait produire de la renommée.
C'est un exercice tout à fait différent, de passer des mémoires solitaires du "morveux", à un échange avec d'autres "morveux" apparents. Se confronter à l'échange avec les autres aura-t-il aidé Andrew McCarthy dans sa quête personnelle ? Nul ne le sait, ce dernier acquiesçant bien souvent les sages paroles par un acquiescement ébahi. Au-delà de ses quelques défauts, "Brats" reste cependant un intéressant voyage dans les conséquences d'une insulte.
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le 17 mars 2026
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