Revoir Brève rencontre est un véritable ravissement dans ce monde de brutes, on ne résiste pas à Brève rencontre, cette histoire si poignante, traitée de façon si pudique, filmée avec une telle justesse et une douloureuse tendresse ; c'est une chronique sentimentale de la vie quotidienne, c'est ça qui a marqué le public, car si ces 2 amants platoniques bouleversent tant, c'est parce qu'ils n'ont rien des héros tragiques des grands mélos hollywoodiens, ce sont des personnages simples, modestes, réels et beaux, issus d'un quotidien londonien routinier, on s'identifie à eux, à leur destin pathétique. Pour la première fois, le public britannique y vit des gens qui leur ressemblaient.
Le grand public se passionna pour ce drame romanesque, après 5 années de guerre, il avait besoin d'histoires sentimentales. Dès sa sortie, le film fut acclamé, il contribua à attirer l'attention sur le cinéma britannique qui se démarquait de l'ogre hollywoodien, de même qu'il fit connaître David Lean. Certains critiques de l'époque y ont même vu un écho aux grands films néo-réalistes italiens de l'après-guerre ; il est vrai que c'est un film phare du cinéma intimiste et réaliste, mais ce réalisme n'est pas un artifice de mise en scène, c'est un véritable style, la psychologie est simple et crédible, la qualité de la direction d'acteurs et la sensibilité de Lean ont conservé la même intensité qu'hier, le film est réellement émouvant et possède un véritable charme qui doit tout à son couple vedette (et accessoirement au décor de la gare).
La carrière de Celia Johnson sera ensuite plus discrète que celle de Trevor Howard que je ne me souvenais pas avoir vu aussi jeune et élégant. Le film permet aussi par petites touches de découvrir une Angleterre authentique et profonde, celle qu'on ne connaissait superficiellement qu'à travers les premiers films d'Hitchcock.
Par la suite, Brève rencontre fut critiqué pour son académisme et sa sensiblerie, mais ceux qui ont dit ça n'ont sans doute pas su voir que ces 2 êtres apparemment rangés et imperméables à toute passion, vont vivre à la suite d'une rencontre fortuite, la plus passionnée des histoires d'amour ; l'irrésistible attirance, la complicité des amants, sans que l'adultère ne soit consommé, cet amour sans espoir où chacun a sa vie installée, cette liaison impossible... toute cette gamme de sentiments est délivrée par Lean de façon délicate, avec une réserve très britannique. Et la rupture qui sera troublée par une pie bavarde et sotte dans ce buffet de la gare, se conclut par un geste final symbolique et admirable, une simple pression de main sur l'épaule en guise d'adieu.
Brève rencontre bouleversait à l'époque parce que le public s'y reconnaissait, or c'est justement parce que son intrigue ne ressemble plus à ce que l'on vit de nos jours, évolution des moeurs oblige, qu'il émeut tant aujourd'hui. La chasteté des 2 amants, la grandeur de leur renoncement, leur force qui consiste à s'effacer pour que leur vie, même dérisoire, reprenne humblement son parcours, tout ceci est véritablement magnifique, car le thème du grand amour entrevu ne peut que toucher les gens qui eux aussi mènent une existence ordinaire ou monotone. Un très beau film.

Créée

le 4 mai 2021

Critique lue 1.1K fois

Ugly

Écrit par

Critique lue 1.1K fois

55
61

D'autres avis sur Brève rencontre

Brève rencontre

Brève rencontre

9

Sergent_Pepper

3176 critiques

Silent mourning

“I'm an ordinary woman. I didn't think such violent things could happen to ordinary people.” Dans cet extrait de la confession silencieuse que Laura fait à son mari, tous les choix qui font de...

le 2 mars 2017

Brève rencontre

Brève rencontre

9

Ugly

1827 critiques

La liaison impossible

Revoir Brève rencontre est un véritable ravissement dans ce monde de brutes, on ne résiste pas à Brève rencontre, cette histoire si poignante, traitée de façon si pudique, filmée avec une telle...

le 4 mai 2021

Brève rencontre

Brève rencontre

8

Docteur_Jivago

1445 critiques

Noyé dans l'émotion

C'est un peu par hasard que Laura, une femme mariée, rencontre Alec un médecin lui aussi marié et c'est à nouveau par hasard qu'ils vont se retrouver quelques jours plus tard. Peu à peu, ils vont...

le 9 mai 2015

Du même critique

Mourir peut attendre

Mourir peut attendre

5

Ugly

1827 critiques

Au fond, ce n'est qu'un numéro

Le voila enfin ce dernier Bond de Craig ! Après s'être fait attendre plus d'un an pour cause de covid, sans cesse repoussé, mon attente était énorme, il fallait que cet arc Dan Craig finisse en...

le 12 oct. 2021

Le Bon, la Brute et le Truand

Le Bon, la Brute et le Truand

10

Ugly

1827 critiques

"Quand on tire, on raconte pas sa vie"

Grand fan de westerns, j'aime autant le western US et le western spaghetti de Sergio Leone surtout, et celui-ci me tient particulièrement à coeur. Dernier opus de la trilogie des "dollars", c'est...

le 10 juin 2016

Gladiator

Gladiator

9

Ugly

1827 critiques

"Mon nom est gladiateur"

On croyait le péplum enterré et désuet, voici l'éblouissante preuve du contraire avec un Ridley Scott inspiré qui renouvelle un genre ayant eu de beaux jours à Hollywood dans le passé. Il utilise les...

le 5 déc. 2016