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Quand je suis allé le voir, je pensais passer un moment agréable et léger avec une comédie british sympathique, au lieu de quoi j'ai découvert non sans surprise, mais surtout avec beaucoup de goût, une véritable tragédie moderne dans laquelle s'entremêlent violemment les vies des protagonistes, qui finissent tous bien malgré eux par succomber aux embûches que créent leurs destins croisés.
Je le préviens de suite, ce film m'a pratiquement arraché des larmes, ou en tout cas fortement ému.

Initialement, je l'avoue, j'avais repéré Cillian Murphy dans le casting, ce qui a participé de mon envie d'aller voir ce film, et je n'ai pas été déçu, que ce soit par lui ou tout le reste du casting. J'allais dire que Murphy a un rôle plutôt secondaire par rapport à Eloise Laurence ou Tim Roth, mais en réalité, il est difficile d'établir une hiérarchie des rôles dans ce film, tous semblent s'imbriquer parfaitement dans l'intrigue de sorte que chacun a une importance à la fois primordiale mais relative à celle des autres ; je rends grâce pour cela également à l'auteur du livre dont est tiré ce film, Daniel Clay.

Pour moi qui suis un littéraire, cette intrigue me rappelle foncièrement une forme de néo-naturalisme, car si le film a ses moments de légèreté qui attendrissent, l'intrigue globale n'en est pas moins d'une lourdeur et d'une gravité oppressante, et ce dès le moment où M. Oswald met pour la première fois une raclée à Rick, une gravité qui semble être prise avec légèreté ce qui ne fait que la consolider.

Les profils très divers et complémentaires des personnages sont brillamment élaborés, l'on voit bien en Rick le personnage-type et attendrissant du jeune homme d'une gentillesse timide et fragile qui, exposé à la terrible réalité du monde et à sa propre impuissance face à elle finit par en perdre la raison : au final, il fait beaucoup plus de mal que n'en a fait M. Oswald. Je ne peux cacher que le moment où Rick revient de l'asile et où les filles Oswald l'insultent à nouveau m'a presque arraché des larmes, car lorsque sa mère lui demande de ne pas les écouter, il entre dans une fureur en disant "C'est vrai c'est vrai, elles ont raison, tout ce qu'elles disent, c'est vrai !"...y a-t-il rien de plus terrible que de le voir totalement désemparé, dénué de toute confiance en lui-même pour qu'il finisse lui-même par se convaincre que ce que ces p*tasses (j'ose le dire) disent de lui est vrai ?
Et pourtant ces filles Oswald (dont la plus petite est quand même un sacré numéro ! Voir une petite fille d'une douzaine d'année boire de la bière, fumer et se comporter en caïd, ça fait quelque chose !), même si on les déteste et qu'à la fin on a envie de sortir un "bien fait pour vous", on ne peut pas les blâmer de ce qu'elles sont, elles ont vécu avec un père surprotecteur qui après la mort de sa femme a tout fait pour les protéger, alors qu'il est profondément détruit (je me souviens de cette scène où il menace de briser la télé si sa fille ne lui dit pas d'où vient le préservatif qu'il a trouvé dans sa chambre, préservatif qui au passage est la cause initiale de tout le drame), et n'ont connu que le désœuvrement.
De même, M. Oswald puisqu'on en parle, l'ours violent et bagarreur qui frappe sur tout ce qui bouge pour un petit mensonge de sa fille, même si on s'offusque quelque peu de son antipathie pourtant plus qu'explicable, l'on lui découvre un coeur très profond et brisé, blessé. Après avoir perdu sa deuxième fille qui a fait une fausse couche, nous le voyons dans le couloir de l'hôpital hurler à la mort en pleurant le tout sur une musique qui a bien entendu été voulue pour nous émouvoir, ce qui achève à nouveau de nous arracher quelques larmes. Mais ce qui m'a beaucoup touché, c'est lorsqu'il arrive chez Rick et voit le "massacre" que celui-ci a causé, totalement désemparé, et lorsqu'il monte à l'étage et retrouve Skunk en pleine crise. Il semble ici tellement tendre et vulnérable lorsqu'il appelle Archie au secours qu'on ne reconnaît plus celui qu'on a vu au début.
Je ne parlerai pas des intrigues secondaires, ou alors très peu avec l'histoire d'amour tragique de Mike et de Kasia, et le déchirement que cela cause à Mike lorsque, croyant avoir compris comment la satisfaire et se montrer responsable par rapport à leur relation et revenant vers elle, il découvre qu'elle est en couple avec Archie (lui qui sera son avocat contre la plainte de M. Oswald par la suite, une humiliation que l'on peut difficilement digérer).
Dans le livre qu'il fait étudier aux enfants de sa classe, Mike parle de courage. Du courage, j'ai trouvé qu'il en a vraiment eu lorsqu'Oswald débarque en plein cours et de la manière la plus violente et la plus irresponsable (des enfants assistent à la scène par dessus le marché !), il le frappe. Mike malgré son nez cassé et les coups qu'il reçoit ne cesse de dire aux enfants que tout va bien se passer. Mais dans cette scène, c'est Skunk surtout qui fait preuve de courage en retenant le bras d'Oswald qui la voyant et regardant autour de lui prend conscience de son geste et s'en va aussitôt.
Cela me permet donc d'enchaîner sur elle, Skunk, personnage qui est la clef de voûte de l'intrigue. Une enfant charmante, sympathique, gentille, comme nous l'avons tous été mais qui se trouve confrontée à la contingence de son monde qui comme le dit la description du film "lui devient hostile", cette rupture profonde qu'elle éprouve dans le passage qu'elle traverse (symboliquement et dans les faits, puisqu'elle entre en collège, "middle school" si je ne me trompe pas) est tout à fait représentative de ce que nous vivons au moment transitoires de notre vie, cet arrachement progressif à l'enfance qu'est le nôtre. Après, cela rejoint aussi une expérience personnelle assez douloureuse vécue récemment et qui m'a été ainsi indirectement rappelée. Le pire est que cette fille nous semble la personne la plus gentille au monde et la plus digne de bienveillance, mais elle se fait piéger dans le cercle vicieux qu'engendrent les problèmes de chacun des protagonistes. Mike le dit d'ailleurs très justement à la fin à Kasia alors qu'il lui parle au téléphone : "Dis à Skunk que je suis vraiment désolé, pour toutes ces situations de merde auxquelles elle a assisté, elle ne le méritait pas" (sic).

En résumé, un film que j'aurai envie de qualifier de vrai chef-d'œuvre car il a réussi à réellement m'émouvoir, me conserver en captation durant toute la séance.
Même si je lui mets 9/10, je précise être très tenté de lui donner 10, chose assez rare en ce qui me concerne.
gambitux
9
Écrit par

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Créée

le 19 sept. 2012

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SidSideOut

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Critique de Broken par SidSideOut

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