Tout juste sorti de cinq ans de prison pour un crime qu'il n'a pas commis, Billy Brown est un homme brisé, immature et profondément instable. N'osant pas avouer la vérité à ses parents abusifs et indifférents, il kidnappe Layla, une jeune danseuse, et la force à jouer le rôle de son épouse aimante le temps d'une visite familiale. Contre toute attente, Layla se prête au jeu et s'attache à ce kidnappeur désespéré, tandis que Billy prépare en secret une vengeance meurtrière.
Buffalo '66 est un miracle de sensibilité brute, un road-movie statique qui dynamite tous les codes de la comédie romantique pour livrer un portrait psychologique d'une honnêteté désarmante. Vincent Gallo filme sa propre névrose avec une mise en scène audacieuse (les inserts en split-screen pour les souvenirs de Billy, les cadres rigides qui étouffent les personnages) et une esthétique hivernale unique. Face à lui, Christina Ricci est absolument lumineuse, apportant une grâce presque surréaliste qui contrebalance la violence verbale et la détresse de son partenaire. C'est un film d'une mélancolie folle, drôle et tragique à la fois, qui panse les plaies de l'enfance avec une tendresse inattendue.
Pour obtenir cette image unique aux contrastes froids et aux couleurs presque délavées, Vincent Gallo a exigé de tourner sur de la pellicule inversible 35mm (Kodak Ektachrome), un support extrêmement difficile à travailler, très sensible aux écarts de lumière et normalement boudé par l'industrie pour les longs-métrages de fiction. Le laboratoire de développement a d'ailleurs dû modifier ses processus habituels, ce qui a grandement contribué aux tensions légendaires qui ont régné sur le plateau.