Avec sa menace souterraine, C.H.U.D. pourrait n’être qu’un film d’exploitation de plus, destiné à garnir les rayonnages des vidéo-clubs des 80’s. Et pourtant, il est bien plus que ça, et s’il a une aussi bonne réputation auprès de ceux qui l’ont découvert, ce n’est pas pour rien.
Car C.H.U.D. est un film assez ambitieux, déployant un univers choral avec différents personnages en lien avec ce qui peut se passer en dessous du bitume new-yorkais, dans ses tréfonds. De nombreuses personnes disparaissent, mais ce ne pourrait être qu’une partie de la catastrophe : il semblerait que les sans domiciles de la ville soient les premières victimes, une extinction massive mais invisible. Le capitaine Bosch ne s’en soucie guère, d’autant que des pressions venues d’en haut lui imposent de garder le silence, jusqu’à ce qu’il se retrouve impliqué dans ce micmac. Il va d’abord dédaigner l’avis du « Révérend », un brave homme, un peu hippie, qui s’occupe de la soupe populaire pour les sans abris, avant de lui demander de l’aide. Le photographe Cooper se retrouve lui aussi impliqué dans l’affaire, lui qui avait déjà couvert la vie de ces personnes.
Si la partie concernant Cooper n’est pas la plus intéressante, malgré son caractère bien trempé incarné par John Heard, c’est à cause du duo Bosch et Révérend, qui vont mener l’enquête, une démarche bien menée, dont les pièges sont nombreux. Outre les assoiffées créatures souterraines, les deux vont devoir faire face aux Officiels, qui ne semblent pas vouloir tout dire, ou en tout cas ne pas vouloir révéler leurs fautes. Christopher Curry en bon flic qui va devoir s’imposer pour découvrir la vérité et Daniel Stern avec ce Révérend du petit peuple, avec moins de filtres que son comparse, offrent un excellent duo, solide, qui ne joueront d’ailleurs pas toutes leurs cartes à la même table, selon les besoins du scénario.
Une trame scénaristique pleine de non-dits, avec quelques zones d’ombre appréciables, C.H.U.D. peut même se montrer discret sur certains de ses éléments, en dire suffisamment sans trop s’essouffler. Il offre d’ailleurs une ambiance un peu lourde, voire poisseuse, qui doit beaucoup à son esthétique soignée. C.H.U.D. offre une fenêtre sur un New-York des années 1980 qui n’est pas si rare à cette époque au cinéma, mais malgré tout très évocatrice. Une ville fatiguée, aux déchets jonchés sur le sol, le béton est couvert de graffiti, les appartements ont les murs vieillis… L’exploration de ses sous-sols ne sera guère plus oppressante, mais qui rappelleront sans cesse tous ces pans urbains délaissés voire méprisés.
Son mystère en sous-sol est tellement bien mené, à la manière d’une enquête policière, grâce à ses personnages bien solides, et on comprend que le film de Douglas Cheek ne s’est pas fait avec le budget avec d’une petite production horrifique amateur. Même la bande-son au synthétiseur n’est pas sans faire penser à celle des films de John Carpenter de l’époque. Grâce à ses acteurs, sa photographie, ses décors, ses figurants, le film sonne professionnel tout du long - ou presque. Car la menace en elle-même apparaît tellement bis qu’elle jette un léger voile embarrassé sur les intentions du film.
Si le film détient encore quelques cartouches sur les origines de ces créatures et sur comment s’en débarrasser, difficile de ne pas penser qu’en étant un peu plus réaliste, C.H.U.D. aurait pu dépasser son potentiel, pour offrir un film intrigant et palpitant, aux délicieuses teintes d’un New-York fatigué et délaissé, que ce soit dans ses sous-sols, sur son bitume ou dans les sphères du pouvoir.