Cáit (prononcé coach) est une adolescente qui vit avec sa famille dans une ferme en Irlande. C’est le matin, dans la cuisine la mère prépare le petit-déjeuner. Assise à table, ses écouteurs dans les oreilles, Cáit est occupée sur son téléphone portable, alors que son jeune frère joue dans une chambre.
Le père est déjà sorti depuis un moment, alors qu’il fait encore nuit. Il s’active au bout d’un chemin alors que son tracteur tourne. Une séquence nous prépare au drame, car le tracteur s’avance vers le paysan. On ne saura jamais s’il a oublié le frein à main ou s’il a juste oublié le tracteur, puisqu’il ne semble même pas l’entendre se rapprocher.
La mère (Kate Nic Chonaonaigh) demande à Cáit (Isabelle Connolly) d’aller appeler son père (Stephen Hogan) pour le petit-déjeuner. D’abord, Cáit n’entend rien, à cause de sa musique. La mère insistant, Cáit annonce qu’elle va d’abord s’habiller. On sent qu’elle y va un peu à contrecœur. C’est ce qu’elle découvre qui nous place en même temps qu'elle face à l’horreur (ce qui ne fait pas de Calf un film d’horreur). Mais toute l’étendue du drame ne se développe que progressivement avec les réactions de Cáit : ses actions, ainsi que ce qu’elle dit à sa mère lorsqu’elle retourne à la ferme. Son mensonge initial (qu’elle accentue) nous plonge dans un abîme de perplexité. Pour nous spectateurs, les réflexions défilent à toute vitesse, pour interpréter le gouffre qu’on sent entre le dit et le non-dit.
A un moment crucial où elle n’a pas le temps de réfléchir, Cáit agit en dépit de toute logique. Ses décisions s’avèrent forcément révélatrices. Il faut croire que son attitude dépend de quelque chose que nous ne savons pas. Mais, face à la gravité de la situation, nous devinons l'énormité de ce qui pousse Cáit à agir de façon aussi choquante. Étant donné que c’est vis-à-vis de son père qu’elle prend une décision lourde de conséquences, on devine une relation trouble. Le scénario fait le choix de nous montrer la succession des événements, en nous faisant d’abord sentir l’inéluctabilité du drame, mais sans nous le montrer. Par contre, on en découvre l’étendue en même temps que Cáit. La réalisation de Jamie O’Rourke nous plonge au cœur du malaise et nous cloue sur nos sièges. La mise en scène joue sur les contrastes avec virtuosité, entre le drame qui se joue dans l’obscurité de la nuit finissante et la lumière dans la cuisine où la mère s’active, totalement inconsciente du drame qui se joue. Mais dans cette lumière, l’attitude de Cáit laisse entendre que tout n’est pas clair dans cette famille. On peut pousser l’interprétation plus loin en imaginant que le fermier paye une fatigue générale, puisqu’il s’active alors qu’une vache est sur le point de vêler. C’est ce que l’affiche laisse entrevoir, sous-entendant qu’il reste bien d’autres points importants à découvrir. Ce court-métrage (15 minutes) procure une très forte impression par les émotions qu’il procure. La bande-son est bien travaillée et le casting particulièrement réussi.