Dans les années 70 et 80, le polar français s’est beaucoup inspiré de son homologue états-unien. Melville bien sûr, mais aussi Verneuil ou Deray ont beaucoup lorgné sur les films noirs les films policiers ou mafieux d’outre-Altlantique.
Canicule relève, de toute évidence, de cette inspiration. On a le truand, habillé comme les gangsters des années 30, et interprété par un acteur américain typique des films d’action, Lee Marvin. On a le traître, le hold up qui se termine en fusillade dans la rue. On a la fuite dans les grandes plaines peuplées uniquement de rednecks bas du front et probablement consanguins. On a les flics armés jusqu’aux dents et aimant jouer aux cowboys. On a même la femme fatale.
Sauf qu’ici, les grandes routes du Colorado ou du Kansas sont remplacées par la Beauce, et les rednecks par des paysans tout aussi stupides, violents et probablement consanguins.
Le choix du casting a aussi son importance. On retrouve ici deux des acteurs principaux de Dupont Lajoie, Jean Carmet et Victor Lanoux, deux acteurs qui montrent une fois de plus l’étendue de leur talent (et nous font un peu regretter de ne pas avoir eu une carrière à la hauteur de ce même talent). Il est d’ailleurs tout à fait possible d’affirmer que ces personnages sont les cousins ruraux des beaufs citadins de Dupont Lajoie ; ils en ont, en tout cas, les mêmes caractéristiques : violents, idiots, racistes, obsédés sexuels, etc. Il s’agit bien entendu de caricatures de par l’exagération du trait, mais le propos ne surprend pas vraiment quand on fréquente le cinéma de Boisset et la description qu’il fait de la « France profonde ».
Du coup, tout le reste découle avec une certaine logique, et le carnage final.
En bref, s’il n’a pas la puissance de Dupont Lajoie, Canicule est un très bon film, âpre, rugueux, excellemment interprété.