Dans la même veine provocante que le cinéma de Bruno Dumont («L'Humanité», «Seul Contre Tous») «Canine» se veut un film dérangeant. Yorgos Lanthimos n'y va pas avec le dos de la cuillère. Il filme l'absurde et la laideur de l'existence au travers de situations gênantes, voire malaisantes… Comme la vie. Tout y passe : notre incapacité à voir la vérité, nos illusions. Il insiste sur la relation étrange que nous avons à la sexualité. L'homme traumatisé par sa propre nature et par les interrogations métaphysiques. (Freud et Heidegger sont passés par là). Il nous bouscule, nous dérange, nous secoue violemment… On ne peut s'empêcher d'y voir aussi une allusion à la caverne de Platon. Et un pessimisme forcené emprunté à Schopenhauer.
Petit bémol : il n'y a aucun humour. Aucun recul. Il manque à sa réalisation une certaine maestria : pour pouvoir dénoncer une imperfection, il faut être soi-même irréprochable. («Eyes Wide Shut» avait réussi ce tour de force). Ca tombe parfois dans le prétentieux et le sujet semble avoir déjà été traité. On peut regretter que l'histoire ne trouve pas de contrepoint. Ce qui aurait sans doute enrichi le film et permis de contrebalancer la noirceur du propos.
Le cinéma c'est l'art de l'image avant tout! Mais parfois, il est bon de revenir à une forme plus symbolique, à un message brut et à un style "coup de poing". Ou pamphlétaire.
Une idée de départ originale qui aurait pu déboucher sur un chef d'œuvre.
A découvrir.