À force d'épuiser les filons jusqu'au dernier gramme d'alignement algorithmique, le cinéma d'épouvante américain finit par tourner sur lui-même comme un ruban magnétique emmêlé. Réalisé par Bruce Wimple — artisan prolifique de la VOD bas de gamme —, Capture (2026) s'avance en apparence sous les auspices aguichants de l'analog horror et du drame d'héritage maudit. Le pitch coche toutes les cases du cahier des charges : une orpheline en précarité qui hérite d'un taudis insulaire, un caméscope VHS retrouvé dans un tiroir grinçant et des secrets de famille enregistrés sur bande magnétique qui saignent le présent.
Mais l'illusion de la nostalgie analogique s'évapore dès qu'il s'agit de structurer une vraie mise en scène.
Le simulacre de l'objet : du gadget au siphon narratif
Là où un Ring ou le premier Sinister comprenaient la charge fétichiste et le potentiel clinique du support d'enregistrement — transformer le support physique en vecteur de contamination et en miroir de la culpabilité —, Capture ne traite son caméscope maudit que comme une vulgaire béquille d'exposition.
La géométrie du faux champ : Le film installe une mécanique où l'objectif du caméscope révèle ce que l'œil humain ne voit pas (esprits stagnants dans les angles morts, décomposition des murs, figures spectrales dans les sous-bois). Mais cette dialectique entre le visible et l'occulte reste désespérément plate : Wimple se contente d'échanger deux cadrages interchangeables sans jamais travailler l'angoisse de la profondeur ou la texture de l'image.
Le piège du feuilletonisme : Pour combler le vide de sa première heure, le scénario impose un tunnel d'investigation paresseux. On accumule les cassettes d'autopsie psychologique et les répliques explicatives d'un barman de province, noyant la terreur sous un drame familial d'une banalité affligeante.
L'asphyxie du dispositif et le piège du troisième acte
Pourtant, le métrage ne sombre pas totalement dans la vidange industrielle. Le film conserve par moments une petite efficacité d'artisan : une ambiance d'isolement poisseux relativement bien tenue dans la maison familiale, un duo d'acteurs principaux qui s'efforce d'incarner la détresse de la précarité sociale, et quelques poussées de violence prothétique plutôt sympathiques (des emprises spectrales, des corps déformés et un twist nihiliste à double fond qui récompense la patience).
Mais cette maigre générosité est méthodiquement désamorcée par la répétition des effets. Les attaques du caméscope — des mains spectrales qui saisissent le visage du spectateur pendant que ses yeux blanchissent — obéissent à un protocole tellement mécanique qu'elles finissent par provoquer l'ennui. Et lorsque le récit bascule dans le chaos fantastique et la surenchère de pacte démoniaque intergénérationnel, la pauvreté des moyens et la mollesse du découpage trahissent l'absence de vision d'ensemble.
Un produit consommable aussitôt oublié
Capture n'est pas une ordure absolue — il se laisse regarder d'un œil distrait comme un téléfilm du dimanche soir calibré pour Tuby ou les secondes parties de soirée. Mais il confirme l'asphyxie d'une formule : un cinéma qui croit qu'il suffit de brancher un câble RCA sur un téléviseur cathodique et de faire clignoter un voyant rouge de REC pour fabriquer de l'angoisse.
Une petite mécanique inoffensive, répétitive et vite balayée, qui prouve une fois de plus que le matériel analogique ne suffit pas à remplacer une vraie idée de cinéma.