Superbe restauration pour ce muet de l’année 1918, du brillant Lubitsch , qui démontre déjà tout son talent. Beaucoup de rythme, beaucoup de fantaisie aussi, dans cette adaptation de Carmen . Mélangeant les prises de vue studio très soignées, et des tournages en extérieur bien maitrisés.
Carmen est insouciante, libre, coquine, très moderne, elle séduit les hommes en tire avantage, les embrasse sans vergogne, le scénario est bien découpé, la séduction avec Don José , l’arrivée du matador magnifique bellâtre .
Le film doit beaucoup à Pola Negri une grande star du muet, polonaise venue d’abord faire carrière en Allemagne qui tournera pour la UFA allemande à la grande époque du muet ,et s’en ira ensuite faire carrière à Hollywood, brillante, dans des films cultes et piliers du cinéma de la MGM à Hollywood. Mais l’avènement du parlant affectera sa carrière et après quelques tentatives , elle abandonnera le cinéma.
Ses yeux maquillés au rimmel, ses bouclettes andalouses gominées, et son regard de braise en font une Carmen, endiablée et envoutante. Quelques scènes mémorables, comme la danse flamenco de Carmen sur un table de taverne ; le combat du brigadier Don José avec son capitaine, ou plus incroyable encore l’entrée dans une arène, très bien reconstituée, du matador Escamillo, beaucoup de figurants qui l’acclame et en cerise sur le gâteau quelques secondes d’inserts d’une vraie corrida, actualité de années 1915 , vraiment rare et quasiment culte , on ne sait pas où Lubitsch a pu trouver cela.
La restauration presque colorée est superbement réussie, et la mise en musique reprenant tous les thèmes de Bizet , adaptés aux circonstances, réorchestrés très intelligemment est un régal , on est presque dans une comédie musicale qui se regarde avec délectation,