Dans Carrie personne ne peut rien faire pour interférer dans la trajectoire établie.
Les textes sacrés désignent les femmes comme d’intrinsèques pécheresses, alors Carrie a cédé à la fatalité. Si ils avaient décrits les femmes comme des êtres bienveillants on aurait visionné un tout autre film mais heureusement ce n’est pas le cas. Cette fatalité s’exprime aussi dans le comportement des lycéennes, l’imaginaire populaire, version athée de la parole d’évangile, fait d’elles des pestes qui se tirent dans les pattes à la moindre occasion avec la plus grande des cruauté, elles sont contraintes de faire honneur à leur réputation, la force de la prophétie auto-réalisatrice les y oblige.
Œil pour œil dent pour dent, tout le monde veut sa vengeance, les lycéennes de leur punition, Carrie de son humiliation, la mère de la désobéissance de sa fille et Dieu de tous les péchés commis.
L’esthétique du sacré donne très souvent de beaux tableaux au ciné et là c’est génial parce qu’on s’en empare pour mieux la critiquer, une appropriation culturelle en bonne et due forme.
Ce qui est fort dans la manière dont tous les évènements sont amenés c’est qu’ils nous mettent dans une posture d’optimiste, une fenêtre d’espoir que les choses se passent bien est constamment ouverte alors qu’on sait pertinemment que c’est fichu d’avance, mais on espère tout de même.
Gisèle Halimi nous a dit « ne vous résignez jamais » mais Brian de Palma ne semble pas tellement d'accord, il nous dit qu’on est maudites et j'ai tendance à le croire.