Avec Cayenne Palace, Alain Maline cherche moins à raconter une histoire qu'à transmettre son amour pour la Guyane. Le réalisateur filme Cayenne, la forêt et les fleuves avec une véritable fascination et donne à son film une atmosphère moite et dépaysante assez rare dans le cinéma français des années 1980. Malheureusement, ce décor, qui constitue incontestablement la principale qualité du film, ne suffit jamais à masquer les faiblesses d'un scénario qui semble constamment hésiter sur la direction à prendre.
Le film oscille ainsi entre drame sentimental et film d'aventures sans parvenir à faire véritablement cohabiter ses différentes ambitions. Il est question de deux frères amoureux de la même femme, d'une quête d'or, de secrets familiaux et de personnages troubles dont les motivations restent souvent difficiles à cerner. Les pistes se multiplient, certaines sont abandonnées presque aussitôt qu'elles apparaissent et l'ensemble donne parfois l'étrange impression d'avoir été amputé de scènes indispensables à sa compréhension. Plus qu'une véritable complexité narrative, c'est une sensation de confusion qui finit par dominer.
La trajectoire de Noël aurait pourtant pu fournir au film son indispensable colonne vertébrale. Richard Berry possède l'énergie nécessaire pour incarner cet aventurier lancé sur les traces d'un père qu'il n'a pas connu. Mais cette quête initiatique demeure largement théorique tant son personnage manque d'épaisseur. Ses brusques accès de colère, notamment lorsque son père est évoqué, paraissent davantage dictés par les nécessités du scénario que par une évolution psychologique suffisamment construite. Le même problème touche une distribution pourtant solide. Les acteurs font ce qu'ils peuvent de personnages trop sommairement écrits et certains semblent même n'être là que pour quelques apparitions. La présence de Claude Brosset, réduit à deux petites scènes alors que son personnage paraît initialement appelé à jouer un rôle plus important, renforce encore l'impression d'un film dont il manquerait des morceaux.
Reste donc la Guyane. Alain Maline la filme avec suffisamment de conviction pour que l'on comprenne ce qui l'a attiré vers ce territoire et pourquoi il y reviendra quelques années plus tard avec le beaucoup plus ambitieux Jean Galmot, aventurier. Quelques beaux paysages, une atmosphère singulière, Richard Berry plutôt crédible en baroudeur et les courbes affolantes d'Olivia Brunaux ne suffisent cependant pas à sauver un récit qui patauge trop souvent dans la semoule. Cayenne Palace demeure ainsi un curieux film d'aventures français, sincère dans ses intentions mais incapable de donner une forme cohérente à ses ambitions. Un film qui sait parfaitement où il veut nous emmener géographiquement, beaucoup moins narrativement.