Hormis la scène d’ouverture, qui donne à entendre les propos à peine articulés tenus par un inconnu (Thomas Blanchard) appuyé au comptoir d’un bar, l’ensemble du premier moyen-métrage tourné par Vincent Macaigne, lors d’une résidence à Orléans, sera vociféré.


Des vociférations proférées par Thibault (Thibault Lacroix) - les personnages portent le prénom de l’acteur qui les incarne -, artiste raté en rupture de ban qui abritait ses nuits dans une R5 « cramée » par ses soins, jusqu’à ce que celle-ci soit emportée à la fourrière. Dans un monologue assez savoureux, le jeune homme déverse sa philosophie nietzschéenne sur un Dan Artus abasourdi, avant de gagner la demeure paternelle en traînant ce qu’il a pu sauver de sa voiture-maison, un pot d’échappement, en guise de bouquet mortuaire. Son père, qui le soutenait financièrement, vient en effet de mourir, si bien que, au cœur de cette maison qui, contre toute attente, est intégralement léguée au fils prodigue, se jouent des retrouvailles fraternelles orageuses. Un orage qui en allumera un autre, entre ce frère (Anthony Paliotti) et sa volcanique épouse (Laure Calamy)…


Sur les rives très cinégéniques d’une Loire imperturbable, Vincent Macaigne filme ces personnages dont l’existence est loin de se montrer aussi paisible et continue. Malgré le caractère un peu imprévu, bricolé, du tournage, l’acteur-réalisateur, ici également au scénario, à l’image puis au montage, révèle un sens aigu des dialogues aussi bien que du cadre et s’autorise à hurler une difficulté d’être, exacerbée par les ruptures en chaîne que peut occasionner une vie qui se dissout et sombre dans le néant. Une réalisation survoltée et hypersensible, bien à l’image de son créateur, et qui pourra heurter, ou au contraire charmer, pour peu que l’on n’envisage pas l’existence comme un long fleuve tranquille…

AnneSchneider
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Films où il est question de la paternité, frontalement ou latéralement. et Films dans lesquels l'eau joue le rôle d'un protagoniste

Créée

le 10 août 2021

Critique lue 156 fois

Anne Schneider

Écrit par

Critique lue 156 fois

4

D'autres avis sur Ce qu'il restera de nous

Ce qu'il restera de nous

Ce qu'il restera de nous

8

Dworkin

13 critiques

Ce qu'il restera de nous, un OVNI à Clermont

Ce qu'il restera de nous est un film sans budget tournée avec une vielle camera DV toute pourri sans aucune considération pour l'esthétique des plans et aucun éclairage, avec des textes à moitié...

le 12 févr. 2014

Ce qu'il restera de nous

Ce qu'il restera de nous

2

Zhurricane

1494 critiques

Trop d'évernement

Vincent Macaigne à la réalisation,ça m'intriguait. Et bien je dois dire qu'au final, ce court métrage est intenable, voire des personnages s’énerver, et qui par réciprocité nous font sortir de nos...

le 19 avr. 2020

Ce qu'il restera de nous

Ce qu'il restera de nous

4

FrankyFockers

4048 critiques

Critique de Ce qu'il restera de nous par FrankyFockers

Idem que Pour le Réconfort, mais en plus court, et en moins maitrisé, donc moins intéressant.

le 22 déc. 2019

Du même critique

Petit Paysan

Petit Paysan

10

AnneSchneider

710 critiques

Un homme, ses bêtes et le mal

Le rêve inaugural dit tout, présentant le dormeur, Pierre (Swan Arlaud), s'éveillant dans le même espace, mi-étable, mi-chambre, que ses vaches, puis peinant à se frayer un passage entre leurs flancs...

le 17 août 2017

Les Éblouis

Les Éblouis

8

AnneSchneider

710 critiques

La jeune fille et la secte

Sarah Suco est folle ! C’est du moins ce que l’on pourrait croire lorsque l’on voit la jeune femme débouler dans la salle, à la fin de la projection de son premier long-métrage, les lumières encore...

le 14 nov. 2019

Ceux qui travaillent

Ceux qui travaillent

8

AnneSchneider

710 critiques

Le travail, « aliénation » ou accomplissement ?

Marx a du moins gagné sur un point : toutes les foules, qu’elles se considèrent ou non comme marxistes, s’entendent à regarder le travail comme une « aliénation ». Les nazis ont achevé de favoriser...

le 26 août 2019