Un pitch original, des péripéties qui le sont beaucoup moins

(Vu en VO)


Centurion est un film qui paraît prometteur. Déjà, Michael Fassbender en tête d’affiche, on peut espérer du bon, et ce d’autant qu’il est flanqué de quelques seconds couteaux très efficaces : Liam Cunningham, Dominic West, Dave Legeno, David Morissay,... Quant au scénario, il s’agit d’une nouvelle exploration du mystère entourant la disparition de la Neuvième Légion romaine par-delà le Mur d’Hadrien.


Quintus Dias (Michael Fassbender) est un centurion de l’armée romaine, en garnison en Calédonie. Il a une vision assez particulière de la guerre contre les Pictes : il veut connaître son ennemi, et c’est pourquoi il en maîtrise la langue. C’est ce qui lui vaut d’être capturé lorsque son camp est attaqué. Dans le même temps, le gouverneur Agricola décide d’envoyer la Neuvième Légion contre les Pictes, estimant que 5 000 hommes bien entraînés et menés par Titus Flavius Virilus (Dominic West) seront à même de mater la révolte du roi Gorlacon (Ulrich Thomsen). Quintus parvient à s’échapper, et est recueilli par la Neuvième Légion, qu’il intègre sur-le-champ. La Légion tombe cependant dans une embuscade, et est presque entièrement anéantie, les quelques survivants étant condamnés à survivre comme ils le peuvent en territoire ennemi. Titus Virilus ayant été fait prisonnier, Quintus et sa bande de soldats décident d’essayer de le libérer.


Voilà donc le pitch de base, qui est plutôt intéressant. Le film embrasse la thèse populaire de la destruction de la Legio IX dans une embuscade, et se concentre sur le sort des survivants du combat. Ce film s’annonce donc comme un Black Hawk Down antique, avec des jupettes (et avouez que ça claque). Globalement, le scénario se tient à cela. On se concentre exclusivement sur les survivants : les quelques aller-retours narratifs, extrêmement rares, sont nécessaires à la bonne compréhension de la hargne avec laquelle une troupe de Pictes traque nos survivants. Cependant, il n’est pas exempt de défauts. Pour commencer, certains de ses éléments sont extrêmement prévisibles. La petite bande de survivants comporte ainsi un certain nombre de stéréotypes, lesquels remplissent leur rôle de stéréotype, ce qui retire une partie de la tension du film.


En dehors de cela, il faut lui reconnaître d’être bien filmé, bien rythmé, et très dynamique dans son approche. Pas de cadrages épileptiques (ou en tout cas aucun qui m’ait marqué), et les paysages sont beaux (on en attend pas moins d’un film se déroulant en Écosse). Les couleurs sont bien gérées, et les costumes réussis. Visuellement, je n’ai vraiment pas grand-chose à reprocher à ce film. Accessoirement, la bande originale colle très bien au film.


Globalement, j’ai donc passé un bon moment devant. Mais, comme souvent avec ce genre de films, je vais devoir conclure mon analyse sur quelque chose comme «c’est un film distrayant mais sans plus» (il faut vraiment que j’apprenne à mieux choisir ce que je regarde, je crois). Attentions, à partir de maintenant, cette critique contiendra quelques spoilers, et utilisera donc la fonction adaptée.


1) Pour commencer, le personnage d’Etain.


Quand on nous le présente, il s’agit d’une jeune guerrière Picte, aussi muette que mortelle. Bref, tout pour devenir l’histoire d’amour du personnage principal. Cependant, il n’en est rien : il s’avère qu’Etain est une traître, qui souhaite tuer ou aider à tuer autant de Romains que possible. En soit, pourquoi pas. Cependant, elle est recrutée par Agricola en personne, qui semble avoir une confiance aveugle en elle, alors qu’elle est connue chez les Pictes (même chez ceux qui ne suivent pas Gorlacon) comme un «démon» assoiffé de sang. Qu’un personnage ayant une telle réputation puisse être recrutée par le gouverneur romain en personne... Cela me semble un peu capillotracté, mais bon, admettons. Au moins, ce personnage reste constant jusqu’au bout. Comment, étant muette (avec la langue coupée), communique-t-elle ses informations/instructions à ceux qui la suivent, en revanche, reste un mystère.


2) Les stéréotypes


Comme je le disais y’a pas trop très longtemps, certains membres du groupe de survivants sont des stéréotypes ambulants. Nous avons donc le lâche qui trahirait père et mère pour s’en sortir, les vétérans sages et expérimentés,... Sans oublier les minorités visibles, spoilers vivants dans les grandes productions hollywoodiennes quand elles ne jouent pas un des personnages principaux. Ah, et n’oublions pas Arianne (Imogen Poots), la jolie jeune femme exilée qui, elle, tombera amoureuse du héros. C’est peut-être malhonnête pour moi de dire ça, vu que je me suis planté pour Etain, mais quand nos héros la rencontrent, le doute n’est pas vraiment permis. J’ai bien émis l’espoir que le film me surprendrait, et que cet amour causerait leur perte à tous les deux... mais non.


3) Le destin des personnages


Dans ce film, les personnages tombent comme des mouches. D’ordinaire, je suis plutôt content quand cela se produit : j’aime qu’un film me surprenne en tuant des personnages alors que je ne m’y attend pas. Cela me maintient dans le film, m’accroche, crée du suspens (bon, OK, j’ai sans doute trop lu/vu Game of Thrones). Mais là... C’est trop prévisible. Et parfois très pratique : mention spéciale à la mort du cuisinier quelques minutes après s’être cassé la cheville, ou à celle de Brick (Liam Cunningham), qui a commis l’erreur de parler de son projet de s’installer dans une ferme en Toscane une fois de retour en territoire romain (ce qui, comme chacun le sait, revient à signer son arrêt de mort dans un film). Tant qu’à faire, j’aurais préféré qu’il survive, et que le groupe se trouve confronté à une décision difficile : abandonner leur compagnon pour survivre, ou non.


4) Quelques bonnes grosses incohérences


Les personnages passent beaucoup de temps à courir. Soit, c’est normal : je suppose que moi aussi, à leur place, je courrait si je cherchais à échapper à des Pictes ayant pour avantages la connaissance du terrain, des chevaux et la meilleure pisteuse qui soit. Mais quand deux des Légionnaires se retrouvent séparés du groupe... Ils continuent de courir, alors même qu’ils ne sont plus poursuivis pas les Pictes. C’est con, mais c’est le genre de détails qui a tendance à me rendre fou psychologiquement.


Ensuite, quand Quintus et brick attaquent nuitamment le campement des Pictes, ils le trouvent presque déserté : leurs poursuivants ont eut la même idée. Que feront donc deux soldats expérimentés après avoir tué deux sentinelles ? Ils retournent tout de suite à leur propre campement. Au lieu de, au choix, tuer les chevaux des Pictes ou les libérer, ou bien s’en emparer pour eux-mêmes. Je suppose que ça aurait été faire preuve de logique, ce qui n’est pas le fort des personnages de film, je vous l’accorde.


Enfin, quand Agricola décide de tuer Quintus, seul survivant à avoir rejoint le Mur d’Hadrien en construction, celui-ci se débarrasse de ses assassins, et retourne retrouver Arianne. Ce qui est assez stupide : toutes les sentinelles autour de la porte ont vu revenir ce survivant, et les ragots se propagent vite dans un camp militaire. Prendre la décision de l’assassiner au lieu d’essayer d’acheter son silence... C’est stupide. Bref.


En conclusion, ce n’est pas un mauvais film. Il aurait pu être mieux, mais il reste quand même très agréable à regarder. Malgré un bon début, le film enfonce ensuite des portes ouvertes, et se perd dans des lieux communs. Allez, 6/10 quand même !

Julien_Collard
6
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le 30 juin 2016

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Julien Collard

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