Elizabeth Taylor qui donne la réplique à Mia Farrow, ça ne se refuse pas ! Et c'est ainsi que je me suis lancé dans ce film réalisé par Joseph Losey et sorti en 1968 qui est pour le moins étrange !
Lors d'une sortie au cimetière pour aller sur sa tombe de sa défunte fille, une prostituée à la vie amère, Leonora, se fait accoster par une jeune femme, Cenci, qui voit en elle sa mère également défunte. Les deux femmes vont alors jouer un jeu dangereux où chacune projette ses désirs et blessures sur l'autre. Un synopsis déjà assez étrange mais l'étrangeté du film ne s'arrête pas là !
Non, le réalisateur joue ici sur l’ambiguïté, le spectateur reste toujours dans le flou car rien n'est jamais concret. C'est ce qui fait la force du film : tout y est déstabilisant. On ne sait jamais vraiment ce que pensent les personnages, s'ils choisissent consciemment de jouer ces rôles (enfin c'est plus clair du côté de Leonora qui profite également de la situation de riche héritière de Cenci mais ce serait bien trop vulgaire de le résumer ainsi) où s'ils sombrent dans la folie. Cela semble être assez clair concernant Cenci qui est une jeune femme assez dérangée, baignant dans les traumas depuis sa plus tendre enfance. Mais est-elle en train de se bercer consciemment d'illusions ?
Ce genre de questions psychologiques sont au cœur du film de même que les rapports humains d'ailleurs. Peut-on vraiment projeter un proche défunt sur une personne vivante mais totalement inconnue ? Combien de temps peut-on jouer ainsi la comédie ? Est-ce moral ou éthique si, quelque-part, on rend également service à l'autre ? Ou est-ce que toute cette mascarade ne peut mener qu'à un dangereux échec ? Que de questions mais peu de réponses ou en tout cas, pas explicites.
Encore une fois, le réalisateur sème le doute et le spectateur peut être vite perdu. Je disais plus haut que c'est ce qui faisait la force du film mais c'est en fait ce qui en fait également sa faiblesse. On peut vite se lasser de ce conte macabre car le film laisse trop de pistes sans réponse. Personnellement, je dois bien avouer que j'ai été bercé entre fascination et frustration mais je n'ai en tout cas jamais ressenti d'ennui. Car même avec ce rythme languissant, le charisme des deux actrices, Taylor incarnant la force brute et Farrow la vulnérabilité spectrale, ne peut qu'enivrer le spectateur.
Bref, quoi que l'on puisse en penser, "Cérémonie secrète" est un film qui, de par son ton si étrange, ne peut laisser indifférent.