C'est sans conteste l'une des meilleures et l'une des plus célèbres comédies burlesques de la grande époque du Hollywood des années 50, Billy Wilder ayant mis tout en oeuvre pour faire de son film un véritable modèle du genre : comédie policière, burlesque, quiproquos, situations cocasses ou ambiguës, et profusion de gags. Il faut dire que mêler le burlesque à des situations autour de l'ambiguïté des sexes (sur fond de Prohibition) était plutôt audacieux pour l'époque ; Tony Curtis et Jack Lemmon sont désopilants en musiciens travestis et permettent à Wilder d'échafauder de vertigineuses variations sur les rapports entre hommes et femmes, dans une veine assez lubitschienne et en contournant le Code Hays encore en vigueur à Hollywood. La scène des baisers entre Curtis et Marilyn au pouvoir érotique latent est passée sans dommage, de plus, Lemmon et Curtis jouent leurs rôles sans tomber dans le scabreux.
Le règlement de comptes dont sont témoins accidentellement Curtis et Lemmon est une évidente référence au fameux massacre de la Saint-Valentin qui permit à Al Capone de se débarrasser de la majorité de ses concurrents. Cet aspect Prohibition donne un air nostalgique des grands films de gangsters hollywoodiens des années 30, mais Wilder ne laisse jamais le drame prendre le pas sur la comédie ; le film adopte un rythme trépidant et ne nous laisse pas une minute de répit, les gags et les situations drôles se succèdent à toute vitesse. En cela, c'est une comédie qui diffère de celles des années 40, plus élégantes, plus sophistiquées, de bon goût et ayant le sens du happy end ; ici, Wilder jette tout ça aux orties, il se plonge allègrement dans ce qu'on trouvait vulgaire en 1959 et s'y vautre avec délice. Il ne recule devant rien pour exploiter toutes les possibilités des situations en pervertissant les clichés hollywoodiens, notamment celui du mariage sexe-amour-argent, et en consacrant le coup de pied au cul au happy end traditionnel avec l'une des plus célèbres répliques finales.
Wilder peaufine son jeu de massacre sur un autre terrain, avec le cadre du Chicago de la Prohibition et des années 20, il s'approprie le film noir et sa mythologie et s'amuse comme un fou, il va notamment chercher les acteurs spécialisés des films de gangsters et les fait se parodier eux-mêmes, tel George Raft, vedette du Scarface de Howard Hawks qui s'amusait à faire sauter une pièce de monnaie dans la main ; le clin d'oeil et le gag suprêmes sont atteints lorsqu'il voit un petit gangster faisant la même chose et qu'il lui lance : Où as-tu piqué ce truc ridicule ?. L'époque est bien décrite, celle de 1929, la Prohibition, les tripots clandestins, les distilleries, les fameux speakeasies, et une certaine libération des moeurs...toute une époque pleine de fièvre, symbolisée par ce jazz que l'on baptise justement "hot", d'où le titre original qui a été encore une fois mal traduit en français et qu'on aurait dû traduire par "Certains aiment le jazz hot".
Avec Certains l'aiment chaud, Wilder signe une comédie exquise en avalisant l'acte de décès de ce qu'on appelait dans la décennie précédente la comédie américaine de type "screwball", il annonce un nouveau cinéma comique, plus virulent, plus grinçant, miroir d'une Amérique disant adieu à ses rêves dorés. Les acteurs sont inoubliables, Tony Curtis y trouve un de ses meilleurs rôles, Lemmon aussi, bien qu'il soit légèrement faire-valoir de Curtis, Joe E. Brown est très amusant en vieux milliardaire excentrique, et surtout Marilyn y est mutine, émouvante, resplendissante dans un de ses meilleurs rôles elle aussi. Un film mythique à voir absolument.

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le 12 août 2018

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