Une purge. Un des plus mauvais films que j’ai vu. Un des plus longs moments de ma vie, 2h11 coincé dans une salle de cinéma, ressenti 4h30, j’étais coincé en milieu de rang. Les superlatifs me manquent pour qualifier ce film. Il est dégoûtant par sa forme : clip publicitaire étiré, placements de produits hideux (il y a des scènes de face-à-face silencieux qui ne servent qu’à montrer les logos des marques sur les vêtements), ralentis à faire regretter ceux de Zach Snyder – qui, eux, au moins, sont drôles car on entrevoit une possibilité de second degré ; là ils sont juste gênants. La musique est assourdissante : non seulement elle empêche de s’endormir et de profiter des fauteuils, mais son utilisation est tellement caricaturale que ça en devient ridicule. Le tennis n’a jamais été plus plat et ennuyeux que dans ce film, avec des grands mouvements de caméra, comme si Guadagnino voulait réinventer la manière de filmer ce sport. Les plans fixes de la télé fonctionnent très bien, au moins on peut voir du tennis. Là on ne voit rien, on ne comprend rien au jeu (en même temps le réalisateur s’en fout), et il y a même une scène où la caméra est la balle. Ouais…
Je ne comprends pas ceux qui disent que c’est un film sur le tennis. Le tennis n’est qu’un prétexte pour filmer un prétendu triangle amoureux entre Josh O’Connor (que j’ai vu tout le long en Prince Charles, ça au moins c’est rigolo), Mike Faist et Zendaya. Ça aurait très bien pu se passer dans le basket, la danse en ligne ou le club de tricot. Prétendu triangle car le film n’est que la projection d’une obsession masculine contemporaine, un exemple parfait, la quintessence du male gaze comme ce ne devrait plus être permis en 2024, un prétexte pour nourrir d’images des hordes de mâles en rut : Zendaya. Zendaya avec le bad boy (le Prince Charles), Zendaya avec le gentil blond, les jambes de Zendaya, les fesses de Zendaya, Zendaya qui boude, Zendaya qui rit, Zendaya qui embrasse… L’ébauche de bisexualité des personnages masculins n’est jamais creusée et ce sont en fait deux amis idiots, hétéros vaguement curieux en pâmoison devant Zendaya. Du point de vue marketing, c’est malin : le public moyen du film peut s’identifier facilement.
Tout est surligné pour rien : pourquoi filmer autant de métaphores phalliques (insupportables de grossièreté et de manichéisme ; la banane, les churros en se regardant droit dans les yeux au ralenti, et tout ça au premier degré, honnêtement on n’en peut plus), de regards appuyés pour au final ne filmer que Zendaya ? Il n’y a même pas le début d’une réflexion sur le fétichisme de l’actrice-star, qui aurait été passionnante. Mon hypothèse : dans la mesure où le film n’est qu’une publicité géante pour Adidas, Nike, Uniqlo, Wilson, Gucci… il ne faudrait pas choquer les actionnaires avec de l’homosexualité (ou pire, de la bisexualité, on n’y comprend plus rien là), mais quand même en suggérer un peu pour élargir le public. Dégoûtant donc. Dégoûtant comme ce plan où le réalisateur filme l’acteur qui sue sur la caméra en contre-plongée. Attendez que le film sorte sur plateforme et regardez la fin pour ce plan, c’est de l’anthologie. Le film est construit par flashbacks successifs dans le match de tennis final : 1er set, 12 ans avant, un peu après, dans l’enfance, 2e set, à Atlanta, 3e set… J’en avais marre à la fin du 1er set. Si on enlevait les ralentis, on tomberait à 1h30. Ça m’aurait moins mis en colère. La vie est courte, et Challengers est beaucoup, beaucoup trop long.