Je ne connais pas spécialement la vie privée de Jonah Hill, je ne saurai dire à quel point l’acteur/réalisateur se révèle nombriliste avec les projets qu’il dirige. Je ne jugerai donc pas le film sur cet aspect. Par contre, j’ai de quoi apporter de l’eau à mon moulin avec le reste du long-métrage ! Chantage n’est pas un projet que j’attendais, mais il m’intéressait ne serait-ce que pour sa durée (1h20), idéale quand il faut terminer la journée par un visionnage non conséquent. Et puis, il y a cette promesse méta de voir Keanu Reeves, personnalité réputée pour sa gentillesse et sa bienveillance, incarner un comédien qui cultive cette image pour masquer son caractère prétentieux et égocentrique. Il y avait clairement quelque chose d’attrayant dans le projet, ce dernier pouvant aboutir à une comédie satirique sur la célébrité. Autant dire que le résultat se révèle des plus navrants, surtout que Jonah Hill a su faire ses preuves en tant que cinéaste avec 90’s. Chantage, c’est une véritable incompréhension. Comment avec une intrigue aussi simple Hill a pu accoucher d’un film aussi bordélique ? Que ce soit au niveau de l’écriture ou bien du montage, le long-métrage enchaîne les plans et les scènes à une vitesse folle, sans prendre le temps de poser les choses. Le rythme de l’ensemble en pâtit grandement, ne parvenant à trouver ni cohérence ni tempo comique. Les personnages défilent sans que nous puissions les apprécier ou de les comprendre un minimum – l’exemple le plus flagrant revenant à Cameron Diaz, réduite à une simple sidekick. L’humour parait bien gratuit et lourd, comme le pétage de plomb de Drew Barrymore ou les innombrables allusions douteuses du personnage du producteur. La photographie n’est pas épargnée non plus, cette dernière n’étant pas tenue une seule seconde entre une colorimétrie cheap digne d’une IA pour finalement osciller vers quelque chose de plus terne et naturel. Bref, le film parait constamment en roue libre, tout comme la performance de Jonah Hill, envahissant à l’excès à chacune de ses apparitions. Et le pire dans tout cela, c’est que l’intérêt que je trouvais au projet – l’aspect méta sur Keanu Reeves – se retrouve englué dans tout cela, parasité par cette mauvaise psychanalyse dans laquelle s’est lancé Hill. Si je ne retiens que les rares séquences avec Martin Scorsese, quelque peu touchantes, Chantage reste pour moi un film grossier et affligeant. À éviter !