Comment définir ce film que Stanley Donen fait constamment naviguer entre trois genres, policier, comédie ou romance sans que l'un ne parvienne à prendre le dessus ?
Déjà le genre "policier", ce n'est pas vraiment ça puisque le seul policier de l'affaire (Jacques Marin) n'est jamais vraiment dans le coup … trop occupé à tenter de fumer un énorme cigare. Dont on peut se demander si un policier français en aurait eu seulement les moyens ... Surtout que le fond de l'affaire relève plutôt du règlement de compte entre (anciens combattants) américains voulant récupérer une grosse somme d'argent volée pendant la guerre, une petite vingtaine d'années auparavant. Et là encore, des gens qui veulent voler un voleur, est-ce bien un délit ? Oui, si on réalise que la victime (primaire) est en fait le Trésor américain.
Le genre "comédie" ne cesse de reprendre le dessus sur toutes les scènes dites à suspense où les américains cupides finissent tous par être éliminés, l'un après l'autre, suivant le bon vieux principe du truand de base que moins il reste de survivants, plus la galette devient intéressante. Et chacune des scènes dites à suspense est émaillée d'une réplique ou d'un geste qui désamorce le caractère dramatique. Il règne constamment dans le film, une ambiance insouciante où les choses vont comme de soi, pour de rire, à l'instar du spectacle de Guignol, lieu de rendez-vous qui s'impose ou des cachettes impromptues pour échapper à une course poursuite échevelée.
Et puis, il y a le genre "romance" qui est en fait le fil rouge du film où la jeune veuve (Audrey Hepburn) (au passage, elle s'épargne les coûts de procédure d'un divorce) semble (follement) attirée par ce vieux beau aux multiples façades (Cary Grant) sur lequel elle aimerait bien s'appuyer malgré les incessantes dérobades et inconnues qui la font fuir …
Et sur ces trois genres, j'en rajouterais bien un quatrième que je vais appeler le genre "carte postale" ou "tour operator" où Paris, personnage romantique à part entière dans le film, est remarquablement filmé à travers certains bâtiments, les promenades sur les quais ou sur le bateau mouche, … On peut même, aujourd'hui, verser notre petite larme nostalgique à propos du Ventre de Paris aux anciennes Halles ou du poinçonneur dans le métro …
Bien sûr, il n'échappe à personne que le film fourmille de clins d'œil à d'autres films ou d'autres cinéastes notamment à Hitchcock à travers le générique bien dans le style ou certaines scènes (la bagarre sur le toit, …). Quand ce n'est pas carrément une allusion directe au film de Minelli "Un américain à Paris" dans la scène sur les quais.
Outre les premiers rôles, charismatiques et glamour, du couple vedette Grant-Hepburn, rendons justice à Stanley Donen d'avoir bien équilibré son casting avec des personnages un peu caricaturaux mais parfaitement présents comme George Kennedy, Walter Mathau et James Coburn. Sans oublier notre Jacques Marin dans un personnage dont on a déjà dit qu'il était plutôt inutile pour l'intrigue mais qui tient parfaitement sa place.
Alors pourquoi, diable, je ne vais pas dépasser 7 comme note ? C'est que, comme toujours, j'ai un peu de mal avec le mélange des genres même si, ici, je reconnais que Stanley Donen fait dans la finesse sans trop verser dans la "screwball comedy" pour nous offrir simplement une comédie policière légère …