J'ai un petit faible pour Kurosawa. Comme Lynch, il me perd souvent en cours de route - où même dès le début - mais, voilà, il a "la manière" de le faire. Pour résumer, il y a des réalisateurs avec qui j'aime me perdre et d'autres non. Avec Kurosawa (ou Lynch), vous partez pour un voyage où vous perdrez tous vos repères et dont vous ne reviendrez peut-être pas. Mais ce qui est sûr, c'est que le voyage sera étrange et fascinant, beau et laid, poétique et violent, et qu'il y a de grandes chances que vous ayez envie de le refaire, même si vous n'avez rien compris. Tous les films de Kurosawa m'ont fait cet effet-là - à part "Avant que nous disparaissions".
Même si on ne saisit pas tous les messages qui traversent le film, on sent bien le pessimisme de Kurosawa sur notre monde à travers de magnifiques décors qui ressemblent plus que jamais à des tableaux sombres et angoissants. Les arbres Charisma ont même droit à de véritables installations artistiques dignes d'un musée, avec leurs échafaudages, la présence permanente et incongrue d'une chaise destinée à d'éventuels visiteurs et un "gardien" de l'oeuvre exposée prêt à en découdre. La présence oppressante d'une nature sauvage, primaire et menaçante m'a rappelé "Loft" (réalisé cinq ans après). On retrouve aussi la présence intruse de vastes constructions humaines bétonnées en voie de décrépitude.
Kurosawa nous raconte la guerre qui fait rage autour de Charisma, un arbre énigmatique, isolé du reste de la forêt parce qu'il sécrète un poison qui tue tous les arbres alentours. Autour de cet arbre gravitent des scientifiques qui étudient le phénomène, des forestiers qui veulent le détruire et un gardien extrêmiste prêt à tuer pour protéger cet arbre. Un flic, venu se mettre au vert, se retrouve au milieu de cette guerre.
La bizarrerie et la confusion règnent, grâce aux personnages farfelus aux comportements et réactions surprenants ou la mise en scène qui utilise abondamment les ruptures de ton et les ellipses. Le fil rouge, c'est le policier qui tente de sauver cet arbre Charisma meurtrier - dont on ne saura jamais s'il l'est vraiment - et la forêt aux alentours, en écho à la scène d'ouverture où il tente vainement de sauver un preneur d'otage et sa victime. Le policier semble condamné dans à revivre éternellement le même traumatisme et à essayer de changer la fin. La vision finale au loin d'une ville à feu et à sang laisse une impression d'Enfer ou d'Apocalypse à venir.