La première partie du Che de Soderbergh souffrait de trop peu d'engagement. Che - 2ème partie offre à le réévaluer en éclairant l'entière démarche du cinéaste.
Si la première partie, de par son aspect de reconstitution, glorifiait sans génie Ernesto Guevara, la seconde en décrit la déchéance. Concentrée sur la révolution bolivienne, cette deuxième partie s'attarde sur les difficultés du Che à accomplir ce qu'il a su réussir à Cuba. Sans la fratrie Castro et le contexte géographique de l'île de Cuba, Guevara se voit confronter à d'autres difficultés. Son corps parfois souffrant de crise d'asthme dans le premier épisode devient alors pleinement fonction de la lutte.
Contraint de se grimer en gringo pour passer la frontière bolivienne, Guevara met son corps en jeu par la suite en éprouvant de terrible crise d'asthme. Les conditions de réussite qui furent réunies à Cuba manquent en Bolivie. La réalisation de Soderbergh n'est plus celle distancée et efficace qui composait la première partie, elle s'attache plus directement au personnage du Che, le filmant dans une proximité quasi-physique. La photographie, signée sous un pseudonyme par Soderbergh, élude les ensoleillements du premier épisode pour laisser davantage dominer une teinte grise. Le sentiment de gloire qui émanait de la première partie est substitué par un sentiment d'incapacité et d'impuissance idéologique.
Certaines séquences -notamment celle finale où le Che et un groupe réduit affrontent tout un commando de l'Armée de Bolivie au flan d'une montagne- expérimentent des formes inédites pour exprimer la souffrance intime de Guevara.
Dès l'instant où le Che est blessé, la réalisation de Soderbergh bascule dans un flou qui, accompagnée d'une musique en tons graves et singuliers, entre en empathie avec le désarroi du protagoniste. Où la première partie s'avérait dresser l'officiel apologie de la révolution cubaine, la seconde touche à l'intime et à l'angoisse de la défaite.