La première partie du Che de Soderbergh souffrait de trop peu d'engagement. Che - 2ème partie offre à le réévaluer en éclairant l'entière démarche du cinéaste.

Si la première partie, de par son aspect de reconstitution, glorifiait sans génie Ernesto Guevara, la seconde en décrit la déchéance. Concentrée sur la révolution bolivienne, cette deuxième partie s'attarde sur les difficultés du Che à accomplir ce qu'il a su réussir à Cuba. Sans la fratrie Castro et le contexte géographique de l'île de Cuba, Guevara se voit confronter à d'autres difficultés. Son corps parfois souffrant de crise d'asthme dans le premier épisode devient alors pleinement fonction de la lutte.

Contraint de se grimer en gringo pour passer la frontière bolivienne, Guevara met son corps en jeu par la suite en éprouvant de terrible crise d'asthme. Les conditions de réussite qui furent réunies à Cuba manquent en Bolivie. La réalisation de Soderbergh n'est plus celle distancée et efficace qui composait la première partie, elle s'attache plus directement au personnage du Che, le filmant dans une proximité quasi-physique. La photographie, signée sous un pseudonyme par Soderbergh, élude les ensoleillements du premier épisode pour laisser davantage dominer une teinte grise. Le sentiment de gloire qui émanait de la première partie est substitué par un sentiment d'incapacité et d'impuissance idéologique.

Certaines séquences -notamment celle finale où le Che et un groupe réduit affrontent tout un commando de l'Armée de Bolivie au flan d'une montagne- expérimentent des formes inédites pour exprimer la souffrance intime de Guevara.

Dès l'instant où le Che est blessé, la réalisation de Soderbergh bascule dans un flou qui, accompagnée d'une musique en tons graves et singuliers, entre en empathie avec le désarroi du protagoniste. Où la première partie s'avérait dresser l'officiel apologie de la révolution cubaine, la seconde touche à l'intime et à l'angoisse de la défaite.

YasujiroRilke
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de Steven Soderbergh

Créée

le 15 nov. 2025

Critique lue 4 fois

Yasujirô Rilke

Écrit par

Critique lue 4 fois

D'autres avis sur Che - 2ème Partie : Guerilla

Che - 2ème Partie : Guerilla

Che - 2ème Partie : Guerilla

7

takezo

22 critiques

Critique de Che - 2ème Partie : Guerilla par takezo

J'ai particulièrement apprécié le parti pris de Soderbergh de passer outre les polémiques sur la période d'épuration (dont les considérations morales, justifiées ou pas, acceptables ou pas, auraient...

le 23 sept. 2012

Che - 2ème Partie : Guerilla

Che - 2ème Partie : Guerilla

7

Gand-Alf

2256 critiques

Revolutionnary road.

Ceux qui, comme moi, regrettaient le rythme lancinant de la première partie risquent de déchanter sévère, cette seconde partie étant encore plus lente, montrant une fois de plus des guerilleros se...

le 9 sept. 2012

Che - 2ème Partie : Guerilla

Che - 2ème Partie : Guerilla

3

alexlenormand

181 critiques

2e partie décevante.

Eh bien non, malheureusement la 2ème partie est loin d'être aussi satisfaisante que la 1ère... C'est à se demander si c'est le même réalisateur, et à l'origine un même film de 4h ! Contrairement à la...

le 7 sept. 2011

Du même critique

Les Chatouilles

Les Chatouilles

4

YasujiroRilke

5392 critiques

Critique de Les Chatouilles par Yasujirô Rilke

Indispensable pour son sujet et ce qu'il témoigne des violences sexuelles faites aux mineurs. Mais, comme objet de cinéma, hormis les inventions exportées du théâtre, il n'invente rien. Et...

le 20 nov. 2018

L'Homme fidèle

L'Homme fidèle

3

YasujiroRilke

5392 critiques

Critique de L'Homme fidèle par Yasujirô Rilke

De la Nouvelle Vague d'où L.Garrel tire sa filiation, il n'en reste ici que peau de chagrin. Exit la légèreté, le dilettantisme, la gracilité de Truffaut ou Rohmer. Bonjour le sérieux de pape d'un...

le 7 janv. 2019

Rythmes et botanique (EP)

Rythmes et botanique (EP)

8

YasujiroRilke

5392 critiques

Critique de Rythmes et botanique (EP) par Yasujirô Rilke

La puissance de cet EP, derrière la modestie de son contenu, tient à la sagace composition de ses beats, entre rap, hip hop et dubstep franc, et à la plume aiguisée et percutante de son auteur,...

le 25 mai 2017