Tu pues le chat
Un couple vénérable, inopinément gratifié par les largesses du hasard, s’illustre par une résolution inflexible : ne concéder à sa descendance pas le moindre kopeck.
Une farce opulente aux résonances morales
Dans le paysage parfois languissant de la comédie contemporaine, Chers Parents surgit avec une verdeur malicieuse et une magnificence goguenarde qui ravissent l’esprit autant qu’elles aiguillonnent l’intellect. Cette œuvre, ingénieusement ourdie, s’emploie à scruter les arcanes du rapport pécuniaire avec une sagacité narquoise, transformant la manne céleste d’un gain mirobolant — cent cinquante millions d’euros ! — en un ferment d’ébullition domestique. « Que feriez-vous avec une somme si importante ? » : telle est l’interrogation, faussement candide, qui embrase les consciences et délite les affections.
Du théâtre à l’écran : l’alacrité du verbe
Que le métrage procède d’une pièce transparaît avec éclat : la primauté du dialogue y règne en souveraine. Les répliques fusent, acérées, spirituelles, parfois délicieusement venimeuses ; elles cinglent et caressent tout à la fois. Il s’ensuit une sorte de ballet verbal d’une virtuosité étourdissante, où chaque mot, ciselé avec un soin d’orfèvre, déclenche l’hilarité tout en invitant à une introspection subtile sur l’avidité tapie au cœur des êtres. Jamais la drôlerie ne s’y dissocie d’une réflexion pénétrante ; jamais la réflexion ne s’y appesantit au détriment du plaisir.
L’amour filial à l’épreuve de l’or
Le ressort comique, d’une efficacité redoutable, réside dans ce glissement progressif — et ô combien délectable — par lequel l’affection filiale se transmue en convoitise effrénée. L’annonce du pactole agit tel un révélateur chimique, mettant à nu les impatiences, les calculs, les bassesses minuscules. Ce qui n’était qu’harmonie convenue se mue en pugilat familial d’une exubérance jubilatoire. Les masques tombent ; les scrupules s’étiolent ; les héritiers, naguère empressés, se découvrent d’une indignité presque grandiose.
Une distribution d’une justesse éblouissante
Le tandem formé par André Dussollier et Miou-Miou irradie d’une maîtrise souveraine. Ils incarnent ces parents retraités, généreux, ancrés à gauche, qui, contre toute attente, résolvent de ne rien octroyer à leur progéniture après leur triomphe au Loto. Leur entente allie finesse ironique et fermeté souriante.
Face à eux, Pauline Clément et Arnaud Ducret composent des enfants indignes d’une vérité confondante ; leurs minauderies intéressées, leurs emportements calculés, leurs indignations sélectives esquissent un tableau familial d’une drôlerie mordante.
Un divertissement étincelant et sagace
Bref, cette comédie, pétulante et finement architecturée, réussit le tour de force d’allier l’exubérance burlesque à une observation acérée des passions humaines. On en sort diverti, certes, mais également interpellé, presque admonesté par cette question obsédante qui persiste comme un écho malicieux. Sous les éclats de rire affleure une vérité peu amène : l’argent, ce dissolvant universel, éprouve les sentiments avec une rigueur implacable.