C'est la question fondamentale que pose Jean Yanne dans Chobizenesse, y-a-t-il encore une place pour les puristes, un espace pour ceux qui ont une haute idée de leur discipline, un jardin pour les créatifs dépouillés de considérations pécuniaires ?
C'est Robert Hirsch qui incarne ce musicien intransigeant, menant à sa perte un Jean Yanne qui se laissera aller à croire en la fable de son génie.
Dans ce « Rocky Horror Picture Show » français, qui ont en commun une visualisation de la folie libertaire des années 70, Yanne se veut plus profond avec les éléments d'une satire qu'il maîtrise à merveille, loin du délire absurde et sans message (à moins d'y chercher des métaphores comme on cherche du pétrole) de son grand frère américain.
Est-il raisonnable de classer Chobizenesse dans la catégorie comédie musicale ? L'affirmative s'impose si l'on s'en tient aux différents tableaux mis en scène dans le théâtre de Yanne, dont un Bob Fosse période « Cabaret » aurait pu s'enorgueillir s'il avait appartenu au pays des sectateurs de Molière. De l'autoglorification de son milieu à l'éloge de l'acier en passant par l'apologie des bazookas et une expérimentation pornographique, les scènes de spectacles sont assez kiffantes.
Pour conclure, une œuvre à la morale à la fois glaçante et réjouissante, tout est show-business.
Des compromissions les plus sordides aux exigences les plus immaculées, l'argent y a son mot à dire. Que ce soit en amont, dans la préparation du projet, ou en aval lorsque l'on veut récolter ce qui couvrira l'investissement.
A la toute fin du générique, alors que Hirsch et Yanne viennent d'être abattus sur scène par les forces de l'ordre, Yanne redresse la tête comme pour nous signifier que tout ceci relève de la boutade et que bien qu’il y ait des hiérarchies en art, tout est Chobizenesse !
Samuel d'Halescourt