J'ai un faible pour Michael Douglas. Je l'ai découvert dans The Game, et une paire d'autres films de cette décennie, après lesquels il a totalement disparu de mes radars, alors que sa filmographie me dit qu'il n'a jamais réellement quitté les écrans. Que ce soit dans Basic Instincts, Chute Libre ou The Game, il montre un talent indéniable pour jouer des connards dont la toxicité se retourne contre eux.


Chute Libre (Falling Down), de Joel Schumacher en est l'exemple le plus frappant, puisqu'il dépeint le pétage de plomb d'un cinquantenaire moyen, soumis à des pressions insurmontables (professionnelles, romantiques) et dont le désespoir se transforme en rage. Dès son excellente introduction, le film nous le présente au bord du gouffre, déjà prêt à sombrer, au moment où il part en vrille et se lance dans une violente vendetta contre la stupidité, l'incivilité et les minorités ethniques qui se mettent en travers du beau rêve américain. C'est un sujet infiniment casse-gueule qui parvient miraculeusement à ne pas tomber dans le réac ou le démago, grâce à une approche presque naturaliste, une certaine neutralité dans le propos, là où on aurait pu s'attendre à un film de vengeance cathartique.


Ainsi, après un début intrigant et très bien mené, où l'on se demande ce que fout Michael, tandis qu'on assiste à l'incompétence policière, incapable de relier deux crimes commis dans la même rue à cinq minutes d'intervalle, le film trouve sa vitesse de croisière et va enchaîner des petites scènes quasiment indépendantes où notre héros vengeur est confronté à divers personnages placés sur sa route pour le pousser toujours un peu plus loin du côté obscur.

Face à lui, un inspecteur interprété par Robert Duvall fait office de contrepoids. Soumis à des pressions similaires (fin de carrière, épouse imbuvable, aucun respect de ses pairs, sensation d'être inutile et obsolète dans un monde sens dessus dessous), il a réussi à garder assez de santé mentale pour aller de l'avant, et ne pas céder à ses plus bas instincts.


La réussite du film tient principalement à l'ambivalence du personnage de Michael Douglas, et la qualité de son interprétation. Avec une touchante subtilité, il dégage une tristesse absolue : usé par les circonstances, dénué d'espoir, et encore convaincu d'être le héros de son histoire et d'avoir droit à une fin heureuse, alors qu'il a déjà passé le point de non-retour.

Ezhaac
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Ezh - Vu en 2025

Créée

le 20 juil. 2025

Critique lue 19 fois

2 j'aime

Ezhaac

Écrit par

Critique lue 19 fois

2

D'autres avis sur Chute libre

Chute libre
Ugly
8

Mike pète un boulon

La descente aux enfers d'un cadre disjoncté dans un Los Angeles sous tension traduit le stress de notre vie quotidienne dans le monde moderne ; à travers le personnage incarné par Mike Douglas, le...

Par

le 17 juin 2017

28 j'aime

27

Chute libre
Petitbarbu
8

Menace II Society

On en a gros ! Marre des embouteillages sous la chaleur suffocante ! Marre des employés procéduriers qui ne comprennent rien à rien, ne veulent rien comprendre, se cachent derrière les ordres et la...

le 13 juil. 2015

28 j'aime

16

Chute libre
Eric-BBYoda
6

Polémique et inconfortable

Joel Schumacher est l'un des réalisateurs hollywoodiens les plus honteux, réactionnaires, démagogues, putassiers, etc. etc. Dé-zinguer ses films est un exercice facile pour la critique - et bon...

le 14 août 2013

24 j'aime

8

Du même critique

Martyrs
Ezhaac
9

Expérience traumatique

Peu de films ont su me retourner comme l'a fait Martyrs. Je vais éluder le débat stérile sur la légitimité du thème de la torture au cinéma et partir du postulat que la vocation première du film...

le 22 juin 2010

87 j'aime

4

Chernobyl
Ezhaac
5

Le Prix du Mensonge

Noter Chernobyl est le grand écart le plus déchirant que j'ai fait sur ce site. En tant qu’oeuvre cinématographique, je lui donnerais un solide 9, mais pour son discours et ses implications...

le 28 mai 2021

68 j'aime

20