Ce film apparut à sa sortie comme un film de propagande patriotique, c'est avec Lifeboat une des contributions d'Hitchcock à l'effort de guerre. Mais c'est avant tout un bon film d'espionnage de guerre, au scénario solide et captivant, et dont les péripéties multiples entretiennent un suspense constant.
C'est aussi l'occasion de présenter une vue panoramique des Etats-Unis, comme le fera la Mort aux trousses 17 ans plus tard ; en effet, on peut nettement discerner dans Cinquième colonne les prémices de la Mort aux trousses, on a l'histoire d'un réseau d'espions nazis installé sur le territoire américain qui est spécialisé dans les opérations de sabotage, avec surtout 2 thèmes essentiels : un brave type accusé à tort et qui ne peut faire appel à la police, ayant besoin de temps pour prouver son innocence, ainsi que la course-poursuite à travers le pays qui en résulte. A cela, s'ajoutent le couple en fuite, et un méchant suffisamment diabolique pour susciter l'antipathie du public, et qui annonce un peu dans un rôle analogue la brillante prestation de James Mason.
Avec ces éléments, Hitchcock parvient à réaliser un bon suspense aux trouvailles ingénieuses, qui supporte bien l'épreuve du temps grâce à son rythme et son intrigue, malgré les conventions dues à son époque de réalisation. Hitchcock tourna un peu à New York mais fit construire des décors coûteux dans les studios Universal, dont une luxueuse demeure de style 5ème Avenue, une reconstitution d'un désert d'Arizona, et surtout une partie de la statue de la Liberté qui est le lieu d'une des scènes d'angoisse les plus célèbres du Maître, puisque le climax du film a lieu sur la main géante qui soutient le flambeau (belle réplique en carton pâte), offrant ainsi une scène vertigineuse et inoubliable.
Malgré le fait qu'il était peu satisfait de son couple de héros imposés par Universal, qui par ailleurs sont de bons acteurs (d'ailleurs, il réutilisera Robert Cummings dans le Crime était presque parfait), Hitchcock n'a jamais considéré Cinquième Colonne comme un de ses meilleurs films, personnellement, je le trouve un peu sévère dans ce jugement.