Matt Dillon réalisateur, acteur & auteur : de grandes envies pour un début derrière la caméra. Ironiquement, il est meilleur que devant, où, n’étant pas dirigé, il tourne en roue libre à la façon de son script étriqué. D’ailleurs, la catastrophe aurait pu être complète s’il avait perpétué le style extrêmement télévisuel de ses cadrages, de mauvais augure mais créant une belle surprise, car sous couvert d’un scénario alambiqué, raté dans les toiles qu’il tente de tisser dans les hautes sphères criminelles mais réussi parce qu’il anti-lobbyise décemment, Dillon a l’intention d’être globe-trotter.


Le tournage s’est passé en Thaïlande à 90%, si bien que la ”Los Angeles Unit” comptait quatre personnes. Se mouiller comme ça, cela veut dire se mouiller avec toutes les casquettes, & il l’a fait. Cela veut dire aussi imposer un rythme aux acteurs, & ils l’ont pris, sans être brillants – surtout pas l’acteur local, Kem Sereyvuth, qui est presque potiche dans le rôle du mignon autochtone qu’on lui a attribué. Depardieu, par contre, on connaît, & la force de caractère du Français est parfaite à Phnom Penh, où il fait figure de Pépé le Moko grâce à son bar d’où sortent les notes de Dutronc, à l’aise dans une misère dont il semble, pendant un temps, qu’il a depuis toujours tiré sa subsistance.


On en perd le propos du film, ce qui est une bonne chose tant que l’immersion est en accord avec la musique parfois constante que le décor joue directement, ou quand c’est pour cacher que les idéaux de Dillon font de lui une sorte de héros. C’est un peu trop pour un seul homme & tout finit par partir à la benne : le plateau imbibé d’une Thaïlande authentique se fendille sous le poids ridicule de l’intrigue trop grosse où Dillon évite de perdre pied en transformant son modeste employé de bureau en enquêteur & en tueur.


Tenant la route dans une ambiance bizarre entre Orfeu Negro & Bad Lieutenant, City of Ghosts est une tentative dont il est difficile de dire si elle a été trop ambitieuse ou faite avec trop peu de talent.


Quantième Art

EowynCwper
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le 28 sept. 2019

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