(La Brigade des) Zombie - Le Crépuscule de Cobra

C'est peut-être bien la troisième fois que je revois ce film, et j'hallucine toujours autant devant la haute teneur nanardesque du truc.
Ce n'est pas tellement un mauvais film, au moins sur un point formel. Il ne faut pas oublier que c'est George Pan Cosmatos qui est derrière la caméra, et que le bonhomme est quand même un sacré bon faiseur de films de série B. Il n'y a qu'à voir Rambo II. Vous pouvez dire ce que vous voulez dessus, mais la mise en scène est nerveuse et va droit au but. Je ne citerai pas Tombstone puisque c'est Kurt Russell le véritable réalisateur du film (ce bon vieux Snake attendra la mort de Cosmatos pour révéler l'info, bien qu'elle ne fut jamais vraiment vérifiée mais Val Kilmer confirma aussi l'info).
Mais c'est plutôt sa morale qui fait de Cobra, au mieux un sacré nanar, au pire un sacré bousin. Et là, faut se tourner vers son scénariste : Sylvester Stallone.



Dirty Stallone



Stallone, alors en lice pour obtenir le rôle principal de Beverly Hills Cop, voulait grandement modifier le scénario du-dit film. Il écrira un premier draft où il avait enlevé l'humour et rajouté des scènes d'actions, ce qui ne plu, bien évidemment, pas trop au studio qui n'était pas prêt à donner une plus grosse somme d'argent pour ces scènes. Il s'en alla du projet mais garda ses idées pour plus tard. Puis vint Cobra, officiellement une « adaptation » du roman Fair Game de Paula Gosling (elle en reste créditée en tout cas) et ouh la, il va se faire plaisir le petit Sly.
Vous savez, Stallone scénariste ressemble un peu à notre Luc Besson national : il n'écrit pas super bien, c'est naïf et parfois un peu con mais c'est souvent écrit avec le cœur. Et bah là, c'est pareil, la vision ultra-républicaine en plus. C'est un peu comme si Dirty Harry était fait à la sauce italienne mais aux États-Unis (c'est marrant de voir la Cannon lorgner de ce coté de l'Atlantique et pas l'inverse cette fois).
L'ouverture du film est à la fois hilarante et effrayante. En off, Stallone nous fait une liste non exhaustive de mauvais trucs qui se passe aux États-Unis d'Amérique : nombre de vols à main armée et de meurtres par minute, nombre de viols par jour... Une liste très joyeuse avec, en guise d'image, Cobra qui arme son pistolet... et tire sur le spectateur. Le message est clair, le crime doit cesser, peu importe les méthodes.



Night of the Living Dead



Parce que faut quand même avouer que la « brigade des zombies », avec Cobra à sa tête, en fait des conneries. Sous-division fantôme de la police, elle est, selon, et excusez du peu, le chef de la police, le dernier recours. Il n'y a qu'à voir la première séquence du film, la prise d'otage de la supérette. Le chef de la police arrive, voit que ça peut mal tourner. Que fait-on dit ? « Appelez Cobra ». Parce que oui, si le mec en face est fou dans ce film, il FAUT l'exterminer. C'est même une putain de réplique du film en plus ! Celle qui me reste le plus en tête est celle-ci, énoncée par Sly après le monologue final du méchant :



C'est là où la loi s'arrête et que moi... J'interviens. Cinglé.



Plusieurs répliques du film semblent confirmer le fait qu'on doit vraiment tuer tous les malades mentaux, que ce soit Sly, son collègue, ou même Brigitte Nielsen, qui embrasse totalement la vision républicaine de Cobra (remarque y a pas que sa vision qu'elle a embrassée). Même le méchant semble ici pour justifier le fait que l'on doit tuer tous les malades mentaux du monde.



"Même moi j'ai des droits. Arrête-moi et je serais traité de malade, de désaxé, n'est ce pas ? Ceux qui jugent sont civilisés, t'es d'accord, poulet ?" nous lancera le génial Brian Thompson dans son monologue final.



Et pour ceux qui refusent cette vision ? Ils sont présentés comme des faibles (l'autre flic, qui est le SEUL à vouloir faire respecter la loi, est constamment rabaissé par Stallone ou son entourage, et vient s'excuser à Cobra à la fin).



Who Made Who



Et quand on fait quelques recherches, après ces 88 minutes de pure bonheur, et qu'on découvre que le premier montage faisait 2 heures putain de 10 minutes ( !!!! ) et qu'il avait reçu un classement X par la MPAA... ET qu'en plus le script original devait être encore plus violent ! Je trouve cela juste dommage qu'on ne les ai autorisés à faire ce qu'ils voulaient, même si une Director's Cut de 2h existerait sur une VHS illégale.
Et le plus étonnant dans tout ça concerne le réalisateur. Vous vous rappelez quand je disais que Cosmatos n'avait pas réalisé Tombstone mais bel et bien son acteur principal ? Vous vous rappelez Rambo II ? Eeet oui, c'est, si l'on en croit les rumeurs (qui ne seront jamais vérifiées), bien Stallone qui a réalisé Rambo II ET Cobra ! Ce qui explique pourquoi la mise en scène de ce film envoie du caviar par palettes de 10. Le film possède un rythme nerveux et efficace, chose que moins de la moitié des films de la Cannon ont, et ne souffre pas trop de ces 40 minutes de coupes (sauf si on le regarde avec beaucoup d'attention, auquel cas les coupes font de sacrés faux-raccord). Il possède aussi quelques fulgurances de mise en scène : la confrontation finale est un véritable délice visuel de tous les instants, un véritable cauchemar éveillé avec Stallone qui se transforme en un croquemitaine provenant du slasher, avec ses touches de rouge qui inonde l'écran.


C'est peut-être pour ça que j'aime autant ce film : pour ses 95% de FN au 1er tour, les quelques idées de mise en scène et qu'il contient tous les clichés du film d'action over-the-top purement 80s. Et puis faut l'avouer, Stallone n'a jamais autant transpiré la classe que dans ce film.


Il est la classe incarnée.


Il est l'antidote de ce poison qu'est le crime.


Il est Cobra.

19fox64
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le 23 avr. 2018

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19fox64

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