Clairement une adaptation libre du Cauchemar d'Innsmouth de Lovecraft avec ses Profonds mi-hommes mi-amphibiens (excellent maquillages et SFX, d'ailleurs), mais avec plus d'action et de drame que d'horreur (même si on a des scènes anthropophages).
D'ailleurs, bien que le personnage principal soit un météorologue et vétéran de guerre qui essaye d'avoir ses instants de combats glorieux à la Conan le Barbare de Robert E. Howard (un pote à HPL), comme chez Lovecraft le héros s'évanouit aux premières visions d'horreur.
On voit d'autres références à l'écrivain bostonien avec le carnet de Gruner parlant de relations sexuelles entre humains et "Profonds". Pour beaucoup, c'est une horreur contre-nature et satanique au début, y a qu'à voir les allusions à L'Enfer de Dante et même à l'évolution dans certains carnets laissés par le 1er gardien de phare :
Darwin avait tort.
Ce n'est qu'après que les Profonds, bien que capables d'anthropophagie, sont considérés comme des merveilles de la nature capable de donner la vie ou de faire la paix même avec leurs ennemis. Et ça se voit avec cette "Profonde" otage de Gruner (qui a une relation d'amour-haine teintée à la fois d'admiration et de dégoût pour elle).
Gruner, d'ailleurs, n'est au fond qu'un amoureux malheureux qui essaye de s'oublier dans une guerre éternelle, pas seulement contre les Profonds mais aussi contre le monde entier. C'est pour ça qu'ils traitent les autres bien uniquement quand ils lui apportent du confort mais pas d'ordres (il n'aime pas les "poids morts"'). Ce qui explique une des dernières scènes :
Gruner tue un jeune Profond, sous-entendu que c'est son fils qu'il a eu avec la femme Profonde, ou juste un symbole de l'harmonie et de la paix. Puis quand il s'aperçoit qu'il a commis une grosse faute, il se laisse dévorer en parlant de ce qui lui manquait atrocement :
L'Amour.
Des thèmes comme l'amour inconventionnel, l'éternel combat, le cercle vicieux (le drame de Gruner condamné à se répéter comme s'il était surnaturel), la peur de l'autre et la paranoïa sont bien exploités. Bien sûr, le cadre du phare sur une île isolée atlantique, froide et désolée est assez respectueuse de l'univers de Lovecraft mais a aussi quelques allures de L'étrange maison haute dans la brume du même auteur.
C'est un peu aussi La Forme de l'Eau mais en plus fataliste, et de surcroit un long-métrage franco-espagnol (cocori...qué !)
Une des meilleures citations du film :
Personne ne quitte Gruner, c'est Gruner qui part !
Ou encore :
Quand le héros s'aperçoit que "Gruner" a en fait pris son nom au type qui gardait le phare avant lui, et qu'il est à nouveau pris dans un cycle sans fin de violences et d'amours perdus et déçus. D'ailleurs, le héros est lui-même appelé "Gruner" par la marine britannique qui le prennent pour le gardien du phare. Et il répond exactement la même chose que le faux Gruner lui a dit :
- Qu'est-il arrivé au gardien ?
- Typhus