Michael Mann est un cinéaste à ambiance, privilégiant ses éclairages et sa bande-sonore à son intrigue pour explorer la psyché des personnages qu’il met en scène. Cela se caractérise souvent par une rythmique étirée, laissant de longs plans s’imprégner dans la rétine et les oreilles du spectateur, comme une tentative d’hypnose qui peut aussi bien happer son audience que la laisser sur le carreau, ce qui fait la différence entre les aficionados et les détracteurs de son essai le plus extrême qu’est Miami Vice.


Si cette façon d’aborder un scénario se retrouve également dans Collateral, film à ambiance par excellence, elle est tempérée par le sentiment d’urgence qu’apportent l’unité de temps et le concept même de taxi. L’un comme l’autre nécessite une rythmique appuyée, où chaque minute compte, se faisant créateurs de tension et moteurs d’évolution, d’adaptation du spectateur à ce changement de paradigme en Max, alors que celui-ci imite peu à peu son ravisseur pour mieux le déjouer au fil des courses et des heures qui passent.

Une évolution mise en exergue par le savant jeu de cadrage du réalisateur dans l'habitacle du véhicule, qui sépare ou rapproche à l’envie le conducteur et son passager selon le sentiment que Mann souhaite appuyer, la relation qu’il veut nous décrire par la grammaire cinématographique. La voiture devient terrain d’expérimentation pour une caméra significative.


Une des grandes réussites de Collateral est son contre emploi de Tom Cruise en psychopathe cynique, nihiliste, qui s’érige en père la morale tout en excusant son apathie par l’insignifiance d’une vie à l’échelle macro, par la dimension cannibalisante de Los Angeles. Il est par ailleurs bien moins bon dans son métier que ce qu’il souhaite afficher, faisant de sa première cible un bazar qu’il devra porter jusqu’au bout de la nuit. Ainsi, il va à la fois justifier son indifférence en blâmant l’univers, et tenter de pallier son incompétence sous couvert de plaisir de l’improvisation, révélant ses failles et insécurités derrière ce glacis froid et charmeur, celui là même qui manipule ses victimes en leur faisant croire à une possible issue, une potentielle chaleur.


Vincent est à l’image de la ville qu’il perçoit. L.A. est un personnage filmé sous toutes ses coutures, avec sa skyline toujours en arrière plan, dominant l’action, tandis que la cité et ses habitants s’insèrent au centre de toutes les conversations. Elle est la troisième protagoniste du récit.

Un amas de quinze millions d’habitants décrite par Vincent comme inhumain, traversé d’une foule solitaire, mais où se croisent pourtant des destins bien humains qui défient la coïncidence, donnant tort au tueur. Los Angeles vit, vibre et vocifère. Que ce soit par ces petites frappes ou un patron arnaqueur qui viennent enfoncer un Max déjà sous l’eau, ou des rencontres fortuites qui sont vouées à dénouer l’intrigue : les halos des vapeurs de sodium de la mégalopole créent un brouillard diffus où se dévoile une tapisserie interconnectée entre les personnages. Le hasard se perd au profit d’une toile humaine hors de portée du tueur.


A sa sortie, du haut de mes treize, j’avais vu Collateral en salle lors d’un premier rencard avec une fille rencontrée sur MSN. Hypnotisé par ce que je voyais à l’écran, j’en avais oublié ma potentielle conquête, soldant l’opération par un échec romantique, mais une réussite cinématographique totale. Ce dernier sentiment est toujours intact.

Créée

le 30 août 2026

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