Fraichement revu et chaque nouveau visionnage est meilleur que le précédent. Un tueur à gage dans un taxi fait le tour de la ville pour exécuter ses contrats, l’un d’eux tourne mal. Ce scénario dans les mains de n’importe quel yes man donnerai un film lisse et sans aucune âme. Mann en fait l’un des meilleurs films d’action des années 2000 ou ultra cynisme pragmatique se confronte avec un idéalisme un peu rêveur.


Mann aime opposer des personnages en apparence totalement différent, ici Max, le chauffeur de taxi. Personnage plein d’espoir pour son projet de chauffeur de limousine, un peu rêveur, s’évade de temps en temps sur un île quand il en a marre de son boulot. Vincent, un tueur à gage cynique, nihiliste, relativise constamment toutes ses actions. Deux caractères totalement différents donc. Pourtant leur situation est quasiment identique. Ces deux personnages sont bloqués dans leur propre référentiel et incapable d’en sortir. Max s’évade dans sa destination de rêve où il n’a jamais mis les pieds, son projet de limousine est en pause depuis 12 ans. Vincent est bloqué dans son rôle de tueur et ne peut pas en sortir. C’est merveilleusement mis en scène dans l’assassinat de son 3è contrat, le Jazz man. Vincent qui tue le Jazz man c’est Vincent qui tue l’improvisation. C’est dans cette scène qu’on se rend compte que Vincent déteste ce qu’il fait et que son cynisme n’est qu’une façade qui lui sert d’excuse pour continuer son travail.


Il y a tellement de choses à dire sur ce film, rien que la ville, personnage à part entière ou des allusions sont souvent faîtes, sur sa taille, sa population complètement démesurée et déconnectée, détails soulignés par Vincent d’ailleurs et contredit par la mise en scène à chaque fois. La première cliente de Max sera la dernière cliente de Vincent. Max et Vincent croisent dans un ascenseur le policier qui les traque toute la nuit. La ville est grande mais le hasard a son rôle à jouer. Là ou Vincent a raison c’est sur le désintérêt des autres pour tout ce qui peut fâcher leurs habitudes, casser la routine, thème récurrent chez Mann. Vincent a bien conscience de ça et l’explique à Max, tout ce qu’il fallait pour lancer son projet c’était un prêt et rien d’autre. Je pense que Vincent a lui-même conscience de ses propres contradictions, d’où son ultra cynisme.


Dernière chose qui achève de rapprocher Vincent et Max c’est un sens de l’évasion commun. Dans une séquence purement Mannienne. Au détour d’un carrefour le taxi s’arrête et ils tombent nez à nez avec un coyote en plein milieu de la ville. Ici le temps s’arrête quelques secondes. Les deux hommes contemplent l’animal en quelques plans un peu rêvés, appuyés par une musique lancinante. Ces séquences un peu hors du temps chez Mann sont les seuls moments ou les personnages sortent réellement de leur condition, au moins quelques secondes. « L’évasion » de Max évoqué plus haut en regardant cette carte postale fait maintenant plus partie de sa routine qu’autre chose, c’est au moins autant une façade que le cynisme de Vincent.


Pour finir, ce film est techniquement une révolution, premier film de Mann en numérique et il s’en sert pour filmer la ville de nuit comme ça n’a jamais été fait avant. Le numérique offre une profondeur de champ inédite à l’époque ce qui permet de contempler l’étendue de Los Angeles et conforte le point de vue de la ville en tant que personnage à part entière.


Comme Vincent à la fin du film, je ne peux m’empêcher de me demander combien de temps il va tourner dans ce métro avant que quelqu’un daigne rompre le confort de ses habitudes pour s’intéresser à son sort.

FabienBe
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le 5 juil. 2021

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Fabien B.

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