Puisqu’Universal Pictures avait les doigts tout collants de succès avec son « American Pie », MGM voulut aussi sa part du gâteau, en proposant dans son catalogue lui aussi une comédie vaguement initiatique assurémment potache. Mais qui finit par arriver un peu trop tard, en 2008 la série des American Pie en était restée à son troisième volet depuis plusieurs années, complétée par quelques spin-offs plutôt dispensables.
Et qui a proposé un film tellement propre sur lui, à la mise en scène professionnelle et efficace, à la photographie classique, sans parler de son casting, d’évidents acteurs souvent plus âgés que leur rôle, que American Campus ou College (en VO) apparaît alors comme une évidente commande de studio. Dans sa mise en forme, rien n’est vraiment rugueux, tout apparaît comme récité du bon manuel du film à faire en studio, là où il faudrait attendre d’un tel film sur l’adolescence un peu plus de rugosité, de fébrilité voire d’amateurisme un peu maladroit.
C’est d’autant plus flagrant que pour plaire à son auditoire, qu’on devine jeune et adolescent, le film mise sur quelques scènes chocs comme autant d’éclats de comédie faussement provocatrice mais à l’exubérance affichée. Un certain sens du potache et de la vacherie attendus pour ce film, mais avec quelques belles idées, à l’image (attention les yeux) du jeu « ma gaule dans le noir », des body-shots sur pilosité abondante et même du buvage à la raie et autres petits plaisirs ados qui pourront amuser. Avec toujours cette limite, celle de ne jamais aller trop loin dans l’image, comme ce nettoyage de lendemain de soirée qui reste, ironiquement, bien plus propre que prévu.
Pourtant, pour se démarquer le film partait sur une trame vaguement différente. Si American Campus utilise un trio de personnages sans grande surprise, entre le beau gosse mais sérieux et responsable, le puceau un peu coincé ou le gros et ses blagues lourdes qui ne pense qu’au cul, il les utilise dans un cadre plus original. Car ce trio est sur le campus pour découvrir la prochaine université de l’un d’entre eux, et veulent en profiter pendant ce week-end de découverte. Mais ils sont hébergés chez une fraternité qui veut s’amuser à leurs dépens.
Les petits jeunes contre les plus anciens, une certaine innocence face à des étudiants de fraternité bêtes voir méchants, avec une différence d’âge légère mais qui compte, de quoi rejouer un pseudo conflits de générations à peu de frais. Il y est évidemment question de filles dans l’équation, de mensonges pour se montrer plus « grands », tout ça pour afficher comme morale qu’il vaut mieux être ce qu’on est, quitte à le découvrir. Pas de quoi sauter au plafond et la personnalité toxique de ces étudiants de fraternité sera bien évidemment pointée du doigt, mais sans jamais accuser le système qui les laisse à cette place.
American Campus veut donc tellement être l’American Pie de la MGM qu’il se montre trop produit, trop réfléchi, trop propre, en dépit de ses quelques scènes vaguement provoc’ comme étendard de leur bonne foi. Les acteurs, Drake Bell, Kevin Covais, Andrew Caldwell, la belle Haley Bennett et les autres, font leur travail consciencieusement, mais là encore en récitant les codes des manuels d’acting. Le film a aussi les qualités de ses défauts, l’histoire se laisse suivre, on sourit devant quelques idées. Mais la supercherie est évidente.