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En y repensant, les années ‘80 nous ont offert une bonne grosse pelletée d’icônes et de films cultes, véritable abreuvoir où créatures originales, Boogeymen, enfants starifiés trop tôt ou héros bad-ass avec de l’attitude s’ancraient de manière permanente dans la pop-culture sous fond de Hard-FM ou de synthétiseurs devenus ringards puis revenus à la mode.

Période d’un cinéma en pleine effervescence qui nous aura pondu ses classiques, entre deux fulgurances du jeune Cameron et divertissement intelligent du roi Spielberg, mais qui, sous le paysage politique américain de l’époque, s’autorisait quand même à régresser, proposant du grand spectacle où l'idéologie de l'Uncle Sam l'emportait toujours sur celle de la Mère Patrie, parfois con, parfois kitsch, mais toujours jouissif, bourrin et généreux.


Et en cette époque merveilleuse où les coupes de cheveux des filles devenaient aussi surréalistes que le tour de biceps des stars d'action, où chaque héros rivalisait pour être le plus costaud et le plus meurtrier face caméra et balancer la punchline la plus iconique, il y avait un homme très important, un chef de file de ce cinéma d’action à la fois politique et candide, héros Reaganien par excellence qui milieu des années 1980 refaisait la guerre du Vietnam et stoppait la Guerre Froide avec un discours poignant et émouvant sur un ring, cet homme, c’était Stallone, mais aujourd’hui nous ne parlerons pas de lui, mais de son meilleur ennemi, son rival, son idéal, pas un étalon, un chêne, que dis-je, un séquoia, une montagne, un mythe, et son pinacle en terme de cinéma d’action décérébré et stéréotypé.

J’ai nommé : Commando, avec Arnold Schwarzenegger.


Avec un pitch aussi simple que le héros qui veut sauver sa progéniture aux mains de méchants vraiment méchants (mais pas russes ce coup-ci), Commando a une structure simple et efficace découpée en trois actes : exposition, confrontation et résolution, et d’abord un film d’action pourtant sans prétention, il va devenir un petit joyau cumulant ce qui se faisait de pire et de meilleur dans le cinéma d’action des eighties, épousant les clichés les plus poussifs de son genre avec un aplomb, une honnêteté et une énergie rare.


(risques de spoilers dans cette critique)


Exposition

Débutant par une courte scène de vendetta où des personnages se font tuer, le film ne perd pas de temps et nous présente notre héros.

Et là il nous apparaît.

Schwarzy.

Il est beau, il est puissant, il est monumental.

D’abord ses biceps, engloutissant l’écran avant son impossible mâchoire et son regard froid et intense.

Le Chêne Autrichien interprète John Matrix (ce qui fait de lui le père spirituel des Wachowski, je ne veux rien savoir), ancien commando d’élite de la Delta Force (ce qui fait de lui l'idéal héroïque de Chuck Norris, là non plus je ne veux rien savoir), qui jouit d’une retraite bien méritée en s’occupant de sa fille Jenny, incarnée par une toute jeune Alyssa Milano.

Entre pêche, glaces dans la figure et transmission du kung-fu, l’on comprend que Schwarzy est le modèle paternel idéal par excellence et ce avant Tony Micelli, à la fois doux et protecteur, fort et rassurant, un ancien soldat qui s’est rangé, qui désire vivre en harmonie avec la nature, en paix, mais quelqu'un d'un autre temps n'avait-il pas dit "si vis pacem, para bellum" ?


Confrontation

Car oui dans la seconde partie du film la pauvre Jenny sera kidnappée par l’immonde Bennett, ancien camarade de Matrix devenu ennemi à présent, pour retrouver la chair de sa chair le héros devra s’acquitter d’un sale travail impliquant meurtre et coup d’état.

Commence donc pour Schwarzy une course contre la montre où il montrera ses talents dans l’évasion aérienne, la filature, la collecte des indices et sa maîtrise du fireman’s carry avec des gens, des cabines téléphoniques et d’autres choses. Il sera heureusement rejoint dans sa quête par Cindy, car trop musclé il ne pourra pas tout faire tout seul, et aura besoin de l’intuition féminine pour d'autres tâches un peu plus minutieuses et un peu moins bourrines, comme résoudre le puzzle qui l’amènera à retrouver sa fille en lisant des factures.

"Mais non ! Mais hasard de dingue" comme dirait Edmond Dantès (celui de 2024), cette femme, en plus d’être une jolie femme, sait conduire un hydravion, apprend vite à se servir d’un lance-roquettes, et pourra donc aider Matrix dans sa quête pour retrouver la petite Jenny.


Résolution

S’ensuivra le troisième acte du film, dans une surenchère totalement épique et plutôt généreuse pour l'époque, où Schwarzy dézinguera à tour de bras des figurants et fera exploser des bâtiments gardés par des mannequins avec un balai dans le fondement, utilisant toutes les armes à sa disposition, des flingues, des grenades, des lames de scies rotatives, une hache, son environnement, ses biceps, établissant au total sur moins de 90 minutes de film un bodycount final à 81 tués pour montrer à son compère Rambo qui c’est qui est le plus costaud des eighties.

Suivant une logique qui montre que les jeux vidéos n’ont rien inventé, Schwarzy aura plus de mal à se débarrasser de son plus grand ennemi, le terrifiant Bennett, qui fait ici office de Boss Final, pour récupérer sa fille, l’affrontement sera anthologique et éprouvant, mais un succès dans la quête du héros.

Matrix aura donc réussi à sauver sa fille, et partira à bord de l’hydravion avec sa nouvelle compagne qu’il connaît depuis environ neuf heures, insinuant l’idée future d’une famille recomposée, et d’une mère de substitution forte pour Jenny en la présence de Cindy, bien qu’elle ne sache pas qui est cette femme, mais Commando n’a jamais prétendu être un film sur les relations sociales, donc mission accomplie.


Mais donc pourquoi Commando c’est culte ?

Après en 1985 tout notre bon vieux Chêne Autrichien avait déjà accouché de ses deux personnages les plus emblématiques, Conan et le Terminator, sous la houlette de réalisateurs prestigieux comme John Milius et James Cameron, et rempilera avec John McTiernan pour Predator et Paul Verhoeven pour Total Recall, s’entourant de véritables maîtres qui savaient l’iconiser et transformer ses lacunes en force pour un film, faisant de Schwarzy au fil du temps la figure légendaire qu’il est aujourd’hui, remplissant sa carrière de pierres angulaires de la SF et de l’action musclée, des œuvres qui vont s'ancrer dans le temps, parfois dans le cliché mais restant intelligentes et intéressantes artistiquement derrière la lecture initiale, des grands films et surtout du gros divertissement.

De ce point de vue Commando paraît bien faible au milieu de la filmographie monstre du futur Governator, d’autant plus qu’il est réalisé par Mark L. Lester, un gars qui aura signé deux ou trois faits d’armes inoffensifs devenus appréciés par certains qui fouillaient dans les Video-clubs de l’époque (Class of 1984 ou Firestarter avec la toute jeune encore Drew Barrymore,
adapté du livre éponyme de Stephen King) et qui se sera vite dirigé dans le nanar ou le navet intersidéral (Pterodactyl en est un exemple magistral).

Face à ces œuvres cultes et plébiscitées, Commando, sans mauvais jeu de mots, ressemble donc à un film de commande, qui n’a aucun message à faire passer derrière le déluge d’action, aucune volonté d’insérer des thématiques fortes que le spectateur aurait pu creuser, de délivrer une vision politique du monde, une critique, même sur le plan technique, Commando est impassiblement classique dans sa mise en scène, jamais créatif ni original, c'est un film qui "fait le job".


Mais voilà, Commando, ça a beau paraître con, c’est tout de même fun, et culte.

C’est un film qui compile en une heure et trente minutes tous les clichés du genre, jamais trop mauvais pour un nanar mais jamais trop bon non plus pour un McTiernan dans son prime, c’est un délire régressif simple à comprendre et à assimiler pour passer un bon petit moment, rendant gloire à son acteur principal qui présente à lui tout seul tout l’intérêt qu’on peut avoir initialement à regarder Commando.

Initialement je dis, car Commando, c’est tout un tas d'autres qualités à côté du plaisir à voir notre Arnold international briller devant la caméra, c'est aussi un festival de punchlines toutes plus kitsch les unes que les autres et parfois une tendance à l’auto-référence avec des répliques de Terminator, servies par un doublage à mourir de rire pour ceux qui ont eu le plaisir de regarder le film en version française.

Ainsi, l'on aura droit à de la douce poésie Baudelairienne comme :

John ! C’est pas entre les yeux que j’vais t’buter ! J’vais t’buter entre les couilles !

Commando c’est aussi un défilé de gueules, évidemment notre Chêne Autrichien dans une condition physique dingue, comme à son habitude dans les eighties à une époque où ce genre de shape était encore exceptionnel au cinéma, mais aussi d’autres tronches comme David Patrick Kelly, l’impressionnant Bill Duke que l'on retrouvera dans Predator encore aux côtés de Schwarzy, une courte apparition de Bill Paxton qui rendra le spectateur content et évidemment le roi de ce film et roi de ce monde, l’inoubliable, l’indépassable Vernon Wells dans le rôle de l’infâme Bennett, qui aura touché l’âme des gens plus que le personnage principal, avec sa pornstache que n’auraient pas renié Freddie Mercury ou Don Frye, son acoutrement anacronique et son surjeu excessif et ses expressions faciales dignes d’un cartoon, il est l’antithèse totale de l’actionner de l’époque qui restait stoïque jusqu’au bout, montrant que l'on peut être méchant sans se la jouer mutique, Wells embellit de sa présence le dernier acte du film et surtout ce combat final avec Schwarzy, transformant une scène un peu naze sans trop de logique en véritable plaisir coupable surréaliste qui provoquerait une syncope à toute personne ayant un pied ou une expérience dans les sports de combat.


Car oui finalement Commando n’est peut-être pas un bon film, mais il reste un objet culte, un film qui fantasme sa propre époque et ses propres héros aux gros bras, le reflet absolu de ce cinéma bourrin des années 1980 si un cinéaste n’est pas derrière pour "intellectualiser" le projet et étoffer son film d’une vision du monde.

C’est la cristallisation d’un monde sans logique où le héros se prend des bourre-pifs à assommer un bœuf sans broncher, où l’on peut cambrioler une armurerie en utilisant une pelleteuse, où tirer au hasard permet quand même de dézinguer une armée de mercenaires malchanceux, où menacer une gonzesse revient à la séduire et à lui faire magner le lance-roquette, où il n’y a aucune conséquence à nos actes, même si l’on vient de réduire à néant une île entière et provoquer un scandale diplomatique, car on est fort, on est gentil, et surtout, on est cool.

Commando c'est le plaisir coupable ultime.


Et c’est surtout un film qui rend gloire à son interprète, notre Chêne Autrichien, notre Schwarzy, notre Governator, notre Arnie, ici à son zénith athlétique, à son nadir artistique, mais toujours starifié quoi qu’il fasse, même dans les mauvais films, sa présence apporte toujours de la satisfaction quoi qu'il fasse, car oui au delà de critiquer Commando, ce texte est là pour rappeler que de tous les meubles qui ornaient le cinéma des eighties, Schwarzy était certainement l'un des plus lourds et encombrants, mais aussi l'un des plus reconnaissables et iconiques.

Tom-Bombadil
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le 5 janv. 2026

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Tom Bombadil

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