Il y a d'abord Mamie (Amah), brillamment interprétée par Usha Seamkhum, à qui on ne la fait pas. Puis sa fille, Sew (Sarinrat Thomas), qui ne se comprennent pas. Son fils Kiang (Sanya Kunakorn), marié à une sorte de rapace, son autre fils, Soei (Pongsatorn Jongwilas), un pouilleux criblé de dettes, et pour finir son petit-fils, M (Putthipong Assaratanakul), un jeune streamer plutôt bon à rien, qui a lâché ses études pour mieux les consacrer à sa console vidéo. Jouer, manger, sans aucune autre activité.


Tout ce beau monde tourne autour de Mamie dans un étrange ballet, une danse bien rodée, qui soudainement se rappelle qu'elle existe, son argent aussi. Plein de voix sucrées, de soins délicats, dans leurs habits de soie, planant sur son dernier souffle, sans aucun respect. Ils attendent patiemment la part d’un gâteau, pour chacun d'entre eux.


Tels des vautours, notamment M, qui veut prendre soin de Mamie. Un malfaisant parmi d'autres dans cette famille, les yeux rivés sur son magot. Mais M pense être le plus habile, guidé par les bons conseils de sa cousine. Le petit-fils d’un jour, venu lui vendre de fausses tendresses, alors qu'elle le sait malintentionné, et qu'elle le voit jouer le rôle du bon garçon, plein d'attention, sans cœur, veilleur d’oseille, aux paroles qui peuvent parfois faire du mal.


M est un grand adolescent façonné par l’indifférence, qui suit Mamie partout, parmi l’ennui de rituels anciens. Il traîne de tradition en poussières du passé. Du chinois, tout ça.

Une vieille femme, qui semble n’être qu’une source de confort matériel. Un relais vers un bel avenir virtuel et distant.


Mais sous l’ombre de son cynisme de fainéant classique, de jeune qui s’ennuie, déjà fatigué, il y a quelque chose comme une leçon sur l’importance d’apprécier même les plus petits moments, à l’abri du bruit incessant.

M ne comprend rien, tout comme le reste de sa famille, à cette humanité cachée dans les gestes du quotidien. La beauté discrète des instants qu’on néglige.

Un autre monde, quand ils viennent visiter grand-mère, afin que le temps libère ce trésor endormi.


Ainsi, parmi cet humour décalé, qui suscite assurément toutes les émotions, Pat Boonnitipat offre aussi un film qui se révèle plus sincère et réfléchi, qui prend son temps pour construire l’histoire et les personnages, en leur donnant plus de détails à observer.

Des personnalités toutes différentes, illustrées avec suffisamment de vie et de compassion envers ceux qui en ont le plus besoin, mais aussi d’une terrible cruauté.


Petit à petit, le film s’approche de sa fin inévitable. M aussi, auprès d’une grand-mère que nul n’a vraiment su aimer, une affection mesurée, qui se lit au fil de chaque scène, de plus en plus mélodramatique. Elle qui a pourtant toujours essayé, de façon drôle et émouvante, de maintenir debout les piliers de sa famille.


Bon, autant se le dire : ça va chialer dans les chaumières, sortez les mouchoirs.

Non, plus sérieusement : même si l’atmosphère s’emplit de larmes, grand-mère demeure impassible, affrontant l’inévitable avec un mélange d’humour acide et de mauvaise humeur, qui définit si bien Mamie.


Mais aussi cette impression qui traverse l’écran, s’impose à nous, au-delà des artifices.

Face à Amah ( Mamie), M, héros malgré lui, navigue entre désintérêt et révélation, contraint de voir son existence autrement, plus loin que son écran, afin d’entrevoir une réalité plus vaste que son propre reflet.


Représentant de la Thaïlande aux Oscars en 2025, le film flirte quelquefois avec le pathos facile, empruntant les mélodies du sentimentalisme conçu pour faire pleurer à tout prix. Mais le cinéma, comme la vie, n’est jamais linéaire : il oscille, hésite, entre éclats sincères et dérives mièvres. Entre beauté fugace et ridicule involontaire.


Cette lutte entre le convenu et l’authentique, c’est une lumière qui perce et qui rappelle à ce gentil petit garçon, qui donne la main à sa grand-mère sur ce chemin, le souvenir d’une tendre réalité.

À présent qu’il marche à rebours, chargé d’absence et d’amour.

Toutes ces prières et ces gestes qu’ils traversent, comme on remonte un ruisseau, pour un voyage sacré, rempli de tradition et de respiration sincère, là où le film trouve son âme et sa place.



Rolex53
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le 16 avr. 2025

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John Rolex

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