<i>Légers spoilers.</i>
Ce film à l’existence-éclair, qui bénéficia d’une grande réputation à sa sortie avant de brusquement disparaître des radars sans explication, aurait paraît-il souffert de problèmes de droits : d’autorisations non demandées à toutes les personnes filmées, et des problèmes qui auraient pu s’ensuivre. Impossible de savoir si cette rumeur dit vrai, mais en voyant le film, il s’avère que cette ambiguïté n’est pas seulement une anecdote liée à sa disparition, mais son plus profond ADN : pas un moment, pas une scène, qui ne vibre d’une tension liée à ce que la caméra arrache à ceux qu’elle filme. Tel commissaire s’inventant gardien moral des prévenus, telle policière ruminant tout haut contre sa hiérarchie, telle vieille femme hurlant sans plus aucune dignité pour que sa sœur reste avec elle, telle prévenue se mettant nue pour faire rire devant la caméra… Tout comme l’excellent <i>Les Arrivants</i>, auquel il ressemble beaucoup, <i>Commissariat</i> ne semble pas investi d’un devoir d’innover (la forme, celle d’un cinéma direct façon Wiseman-Depardon, avec ce montage calme dont-les-coupes-en-disent-long, n’est pas franchement une surprise). Le film semble avant tout chercher à capter et restituer des moments bruts, sans fioritures, comme s’il s’en faisait le simple passeur. Ni vraiment pamphlétaire, ni aveugle aux abus qui peuvent se jouer devant l’objectif, le geste de Klipper et Vernier semble se situer ailleurs, voulant d’abord témoigner d’un lieu-récif où s’échouent toutes les marges de la société (ses miséreux, ses alcooliques, ses femmes battues, ses âmes au fond du trou…), tout en enregistrant paradoxalement à l’image, à chaque seconde, une incroyable épaisseur humaine : le cadre déborde de vie, les regards brûlent de tension et d’intensité, les échanges sont imprévisibles, la débrouillardise des gens étonne, leur aplomb psychologique impressionne.
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