Dire de ce film qu'il met en scène un fait-divers avec des ficelles grossières, ce serait comme reprocher à Verneuil d'avoir combiné dans son film "I comme Icare", l'assassinat de JFK et la désormais fameuse expérience de Milgram, ou en tous cas lui tenir rétrospectivement rigueur d'avoir commis le combo du parfait petit "complotiste" (vous savez, cet épithète discréditant cher aux abreuvés à BFMTV, France TV et Conspiracy watch de Rudy-rend-l'argent).
Ce serait comme engager un faux-procès à des oeuvres d'entertainment qui ont cherché à faire réfléchir le grand public à l'aide de métrages calibrés sur une heure trente.
Il y a sous la fiche de ce film suffisamment de renvois et de références à Milgram, inutile d'y revenir.
On pourra se pincer le nez, dire que les amalgames sont exagérés, que les partis pris sont balourds, être agacé par une telle addition de situations extravagantes qui ont amené les employés de divers fast-foods à commettre le pire.
Cela n'enlève rien aux fait que tous les réflexes et actions visibles dans le film relèvent de ce qui fait partie de l'humaine nature : soumission, crédulité, docilité, lâcheté, peur.
Le truc c'est que ce film, uniquement composé de simples séquences de dialogue filmées sans trop d'imagination, ni talent particulier, grâce à une direction d'acteur impeccable, parvient à instaurer un malaise persistant. Et s'il met autant mal à l'aise, c'est parce que chacun d'entre nous s'y reconnaît et finit immanquablement par se poser l'inévitable question : aurais-je été dupe dans une telle situation ?
Contexte professionnel (la pression d'un jour d'affluence au fast-food et sa clientèle à satisfaire), effet "blouse blanche" (ici l'autorité de l'uniforme des forces de l'ordre), jeux sur les leviers humains basiques via une rhétorique bien huilée (gratification orale via des compliments, mais aussi chantage), insondable besoin humain d'être aimé, de se conformer à une norme, une autorité, peur de la punition, de l'opprobre. Cocktail multifactoriel.
Evidemment, les spectateurs et commentateurs éclairés que nous sommes diront que c'est tellement gros, qu'ils ne seraient jamais tombés dans le panneau. Nous ne sommes pas cette "humanité là", on ne la fait pas aux sagaces contributeurs de SensCritique.
Ok...
Peut-être...
Si cela peut nous rassurer...