Compostelle
6.3
Compostelle

Film de Yann Samuell (2026)

L'éternel... film idéologique français, qui relève moins du cinéma que du prêche politique. Il n’observe pas le réel : il l’administre. Il ne cherche pas à comprendre un adolescent délinquant, violent, multirécidiviste ; il entreprend de l’absoudre. Toute la mécanique narrative consiste à transformer la faute en conséquence, la responsabilité en blessure, la violence en appel muet au secours. En commençant par écarter les faits (j'ai cru arracher mon accoudoir en entendant l'un des éducateurs clamer sans rougir que la justice d'aujourd'hui ne savait que punir, qu'expédier en prison, qu'elle est la principale responsable des récidives).


Nous voilà donc devant le grand catéchisme rouge de notre époque : si un être détruit, c’est qu’il a d’abord été détruit ; s’il frappe, c’est qu’il saigne ; s’il récidive, c’est que la société l’a condamné avant même qu’il n’agisse. La justice psychologique remplace alors la vérité humaine. Le problème n’est pas moral, il est esthétique... Car cette manière de soumettre les personnages à une thèse les vide de leur chair. On ne regarde plus un jeune homme aux prises avec lui-même, avec ses démons, ses pulsions, ses possibles rechutes ; on regarde un dossier social que le scénario escorte pieusement vers la rédemption. Le cinéma cesse alors d’être tragique pour devenir pastoral. Il ne montre plus la liberté cabossée, contradictoire, dangereuse ; il montre un innocent que le monde aurait mal lu. Autrement dit, il retire au personnage ce qui fait le prix de toute existence : la part obscure, la résistance, la responsabilité, le choix.


Il y avait pourtant là un beau sujet : la faute, la colère, l’épuisement intérieur, le lent arrachement à soi, la conversion peut-être --mais au sens fort, rude, coûteux du terme. On aurait pu faire un film sur la discipline, sur l’effort, sur la douleur d’un être qui se reconstruit contre lui-même. On préfère une transfiguration presque liturgique, où le mauvais garçon devient peu à peu une figure de pureté retrouvée, comme si la violence n’était qu’une écorce et la bonté une essence qu’il suffirait de révéler. Vision touchante pour les âmes mélenchonistes, mais faible pour qui sait que l’homme ne se sauve pas par décret narratif. In fine, la transformation spectaculaire d’un jeune colérique, violent et récidiviste en quasi-angelot touche moins qu’elle n’agace, tant elle paraît forcée, artificielle et programmée pour l’édification du spectateur.


Reste la beauté des images. Le chemin de Compostelle est filmé avec un réel souffle. Les paysages débordent le cadre, donnent de l’air, imposent parfois au film une grandeur qu’il n’a pas tout à fait méritée. L’œil, lui, est servi. On voyage, on respire, on contemple. Et c’est peut-être là, paradoxalement, que le film devient le meilleur : lorsqu’il oublie (trop peu souvent à mon sens) sa mission de rééducation politique pour se contenter de montrer un monde plus vaste que ses slogans.


Au fond, ce long métrage illustre assez bien le vice d’une certaine production contemporaine : elle confond profondeur et compassion obligatoire, vérité et excuse, salut et pédagogie. Elle croit élever l’homme en le disculpant ; elle ne fait souvent que l’amoindrir. Car il n’y a pas de grandeur sans responsabilité, pas de rédemption sans combat, pas de lumière sans nuit véritable. Ici, tout est fait pour que l’édification l’emporte sur la lucidité, la victimisation sur l'effort d'assumer. On en sort avec de belles images en tête et un véritable intérêt pour le pèlerinage, mais aussi et surtout avec le sentiment tenace d’avoir assisté à une homélie illustrée et à l'œuvre d'un réalisateur passé à côté de son réel sujet : l'âme humaine.

BoboLaHachette
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le 19 mars 2026

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BoboLaHachette

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