Pour son 8ème long-métrage et après le plutôt bon La guerre des Lulus (2023), Yann Samuell signe sans doute son tout meilleur film. Nous embarquant sur les chemins de Compostelle, en France et en Espagne, le réalisateur y relate une histoire profondément humaine, inspirée très librement du livre de Bernard Ollivier "Marche et invente ta vie".

Traitant la très délicate question de la réinsertion des adolescents en difficulté et sur la pente dangereuse de la délinquance, le film nous montre une alternative possible à la prison par les vertus de la marche, à la rencontre de l'autre et de soi-même.

Le métrage s'ouvre sur le combat difficile et sans garantie de résultat d'une association qui se bat pour tenter de réduire la récidive en proposant à des jeunes à la dérive un long périple à pied, accompagné d'un adulte, pour tenter de se construire un avenir positif. Il fait ainsi le pari de l'espoir dans la vie et les relations humaines, dans un cheminement en rupture avec leur présent.

L'originalité du scénario est de mettre "aux prises" Adam, un jeune délinquant placé dans un foyer, en quête d'avenir et de sa mère Marie, avec Fred, une accompagnatrice plus âgée, enseignante récemment obligée de démissionner pour faute grave et vivant un contexte familial compliqué. Il s'instaure ainsi, si ce n'est un équilibre entre eux, mais en tout cas des remises en question que la marche fait mûrir par des rapports humains explosifs, forts et riches, et met en lumière utilement le rapport à la mère.

Dans le rôle de cette équipe de circonstance, obligée de se côtoyer sur la durée, Alexandra Lamy (actrice d'expérience à qui il arrive de surjouer, excellente dans Louise Violet) et le jeune Julien Le Berre (son premier grand rôle, vu dans Pour le meilleur et aussi dans Chien 51) sont d'une grande justesse de ton et d'expression de leurs sentiments, contribuant grandement à la réussite du film.

Mais le grand mérite du film est de faire suivre les pérégrinations de ces personnages sur les VRAIS chemins de Compostelle, à commencer par la fameuse messe du matin à la basilique du Puy en Velay, avec ses escaliers intérieurs qui s'ouvrent vers le bas donnant accès au début du chemin. Puis on voit d'autres lieux emblématiques comme la chapelle de Rochegude, le pont Eiffel à Menistrol d'Allier, Estaing sur le Lot, Conques et son église abbatiale, Cahors, puis en Espagne, dans un monastère, la mer et enfin Compostelle !

Se balader sur ces lieux authentiques, avec des traces millénaires de pèlerins, des rencontres improbables qu'on soit seul ou en groupe dans un environnement où la religion est omniprésente, sans qu'on soit obligé d'être croyant, c'est s'offrir la possibilité d'une démarche spirituelle et d'une introspection quasi mystique, qui s'affine sur la longueur du temps de marche, sans même qu'on soit venu chercher quoi que ce soit.

C'est parfaitement ce que réussit à faire Yann Samuell avec ses deux protagonistes, en les faisant évoluer dans ce décor majestueux et des paysages magnifiquement filmés : des échanges houleux, un cheminement difficile et des rencontres improbables, dont cette jeune fille qui marche avec une prothèse, l'omniprésence de la vierge marie qui rappelle au jeune sa mère du même nom et avec laquelle l'accompagnatrice lui fait une belle surprise. Et c'est aussi ce moment suspendu et magique d'une chanson rapp dans le monastère espagnol.

Au-delà de quelques rebondissements qui ne remettent pas en cause le sens de la promesse à laquelle on s'attend, ce sont surtout les moments de vie au présent entre Adam et Fred qui sont réussis, et la transformation progressive de leur état d'esprit, leur permettant de tisser un lien indéfectible pour le reste de leur vie.

Ce n'est rien de miraculeux, mais le film réussit à nous inviter modestement au partage, à la remise en question, voire et à une forme de rédemption salvatrice, quelque soit ses origines et ses choix de vie, puisque chacun des deux personnages y trouve une façon de réorienter son existence.

Loin d'être un feel good movie par la gravité des situations et des enjeux qu'il traite, ce film montre une voie alternative à l'enfermement des délinquants ; la déclaration affichée dans le générique de fin est forte à ce sujet : 70 % de récidive après la prison, et 60 % de réinsertion après la réalisation d'un tel chemin.

Ce film est une bonne surprise à visionner, avec un réel message d'espoir dans un monde devenu dangereux par nos comportements !

Azur-Uno
7
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à ses listes Mes belles surprises sur grand écran, Les meilleurs films avec Alexandra Lamy et Mon cinéma 2026

Créée

le 28 avr. 2026

Modifiée

le 9 mai 2026

Critique lue 41 fois

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