Je suis Crom. Je siège dans les montagnes de Cimmerie, où seuls le vent, le froid et la mort parlent encore. J’observe les hommes avec dédain, car leur faiblesse est leur lot. Mais parfois, un guerrier s’élève au-dessus du reste, et je lui accorde mon regard. C’est ce que je fis pour Conan, dans le premier chant de ses exploits. Mais hélas… que m’avez-vous donné en offrande dans ce second récit ?


« Conan le Destructeur » ? Non. Conan l’Humilié. Conan le Bouffon.


Le premier film m’avait arraché un rictus d’approbation — rude, violent, brutal comme la vie elle-même. Des tambours primitifs, une quête de vengeance gravée dans le sang, une musique digne des anciens dieux. C’était l’étoffe des héros, la forge de la légende. Mais cette suite ? Un carnaval grotesque. Une mascarade écrite par des scribes trop soûls pour comprendre ce qu’est la gloire.


Où est passé le silence du barbare ? Conan, dans ce film, parle trop. Il plaisante. Il réfléchit. Il... planifie. Mon courroux gronde à chaque réplique creuse, à chaque échange inutile. Le barbare que j’avais vu, silencieux et implacable comme l’hiver, s’est transformé en nounou de princesse et en chef de bande de saltimbanques.


Et cette bande ! Par mes éclairs ! Un magicien cabotin digne d’une foire de village. Une voleuse acrobate qui bondit comme une chèvre affolée. Une princesse qui ferait passer un agneau pour une harpie. Seul le garde noir, Bombaata, semblait taillé dans la pierre, mais même lui finit écrasé par l’absurdité du scénario.


Et la menace ? Quelle farce ! Un sorcier digne d’un mauvais théâtre d’ombres, des monstres de papier mâché, une déesse qui ressemble à une décoration de fête païenne ratée. Où est le danger ? Où est la peur ? Où est le sang et le fer ? Ce film est une quête sans péril, une épreuve sans enjeu, une tempête sans foudre. Un affront.


La musique même… pâle écho. Basil Poledouris, autrefois inspiré par le souffle des anciens, semble ici enchaîné par les chaînes d’un studio trop frileux. Plus de chœur, plus de souffle épique, juste des notes qui tâtonnent, comme si la grandeur du premier n’était qu’un hasard.


Je suis Crom, et je refuse ce film. Je le jette dans le gouffre d’oubli, là où les faibles pleurent et les mauvais scénaristes pourrissent. Qu’on le brûle, qu’on le bannisse. Conan mérite mieux. Il mérite la solitude, la souffrance, l’acier et la victoire arrachée des entrailles du destin, pas cette bouillie pour enfants.


Et vous, humains qui avez commis cette offense… ne priez pas. Car je n’écoute pas les prières des lâches.

Kelemvor

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