Contes du hasard et autres fantaisies fut l’occasion pour de nombreux critiques de rapprocher son réalisateur, Ryusuke Hamaguchi, d’Éric Rohmer. La comparaison est pertinente : tous deux accordent une place centrale au dialogue, qu’ils insèrent dans des situations souvent cocasses où l’imprévu n'est jamais loin.
Ils apparaissent, à ce titre, comme les héritiers de Marivaux, dont les pièces reposaient déjà sur des échanges verbaux subtils, générateurs de quiproquos et de malentendus. Mais Hamaguchi semble ici aller un peu plus loin : il propulse le dialogue dans des situations inattendues, le rendant à la fois vecteur de désir et d’étrangeté.
Dans le deuxième sketch, par exemple, l’échange entre deux personnages se charge d’un érotisme latent ; les mots eux-mêmes deviennent source de plaisir, comme chez Sade. Quant au troisième segment, il plonge le spectateur dans un récit de science-fiction, où un virus a rendu l’usage des ordinateurs impossible. Ce glissement vers le fantastique rappelle que, si Hamaguchi peut être vu comme un cinéaste naturaliste, il ne se prive jamais d’effleurer l’irréel — et c’est précisément cette irruption du fantastique, rare mais marquante, qui en décuple l’effet.
Pour revenir sur les dialogues, leur puissance est sublimée par une mise en scène hypnotique : alternance de plans d’ensemble et de gros plans frontaux, dans lesquels les personnages s’adressent directement à la caméra. Ce dispositif crée un trouble chez le spectateur, une impression de proximité presque dérangeante, comme s’il devenait lui-même acteur de la conversation.
Enfin, ce que je trouve profondément touchant dans Contes du hasard et autres fantaisies, c’est cette capacité à montrer combien une simple discussion peut bouleverser une existence pour de nombreuses années.