Dans un recoin de ce monde
7.4
Dans un recoin de ce monde

Long-métrage d'animation de Sunao Katabuchi (2016)

Entre la longue domination, au moins vu de l'occident, des Studios Ghibli, et la prolifération d'animes pour adolescents construits à partir de shonens au succès planétaire assuré, on peut parfois oublier en France que l'animation japonaise est une forme de cinéma à la fois adulte et richissime.


En se penchant sur la vie "ordinaire" (un qualificatif qui revient souvent, et de façon admirative à propos de Suzu) d'une très jeune femme mariée contre son gré et vivant dans des conditions rudimentaires dans la montagne pas très loin d'Hiroshima (le film se passe d'abord un peu avant, et ensuite pendant la seconde guerre mondiale...), "Dans un recoin de ce monde" propose un voyage d'abord délicieux puis, inévitablement (?), terrible, à travers une époque désormais lointaine où les tâches quotidiennes, de plus en plus difficiles à accomplir alors que la Guerre se rapproche, constituaient le seul horizon de l'existence féminine. En choisissant avec audace de réduire la fiction à son strict minimum, en dédramatisation de manière exemplaire même les scènes atroces de la dernière partie du film, Sunao Katabuchi fait preuve d'une détermination remarquable : si la liberté offerte à son héroïne par son talent de peintre et de dessinatrice offre un temps une échappatoire à son existence difficile, la perte de son bras au cours d'une scène éprouvante la ramènera cruellement à sa condition, mais là encore, Katabuchi n'en fait "pas un drame", et choisit encore et toujours la douceur.


C'est qu'on est ici plus proche de l'épure stoïque à la Ozu, ou à la limite du mélodrame retenu à la Naruse que des représentations contemporaines extraverties. Même le final, bouleversant, qui évoquera inévitablement l'épreuve du "Tombeau des Lucioles", reste heureusement bien en deçà de ce que le sujet pouvait faire craindre. "Dans un recoin de ce monde" est un film qui fait du bien à l'âme en refusant le pathos, en évitant tout excès lacrymogène : il finit par nous imprégner de la certitude, exprimée avec élégance tout au long du film par un dessin magistral et une mise en scène limpide, voire sereine, que, quoi qu'il arrive, la vie continuera.


[Critique écrite en 2017]


Le texte complet est publié sur Benzine : https://www.benzinemag.net/2017/09/19/recoin-de-monde-sunao-katabuchi/

Eric-Jubilado
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le 18 sept. 2017

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